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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉYIGNÉ

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Jai un peu suivi mon inclination, je lavoue ; et je vous ai vue autant que jelai pu, parce que je nai pas eu assez de pouvoir sur moi pour me retrancherce plaisir ; mais je ne crois point vous avoir été pesante. Enfin, ma fille, aimezau moins la confiance que jai en vous, et croyez quon ne peut jamais êtreplus dénuée ni plus touchée que je le suis en votre absence. La Providence matraitée bien rudement, et je me trouve fort h plaindre de nen savoir pas fairemon salut. Vous me dites des merveilles de la conduite quil faut avoir pour segouverner dans ces occasions; jécoute vos leçons, et je tâche den profiter.Je suis dans le train de mes amis : je vais, je viens ; mais, quand je puis parlerde vous, je suis contente, et quelques larmes me font un soulagement nonpareil.Je sais les lieux je puis me donner cette liberté; vous jugez bien que, vousayant vue partont, il mest difficile, dans ces commencements, de nêtre passensible à mille choses que je trouve en mon chemin. Je vis hier les Villars,dont vous êtes révérée ; nous étions en solitude aux Tuileries ; javois dîné chezM. le cardinal, je trouvai bien mauvais de ne vous voir pas. Jy causai aveclabbé de Saint-Mihiel, à qui nous donnons, ce me semble, comme en dépôt,la personne de Son Éminence; il me parut un fort honnête homme, un espritdroit et tout plein de raison, qui a de la passion pour lui, qui le gouverneramême sur sa santé, et lempêchera bien de prendre le feu trop chaud sur lapénitence. Ils partiront mardi ; et ce sera encore un jour douloureux pour moi,quoiquil ne puisse être comparé à celui de Fontainebleau. Songez, ma fille,quil y a déjà quinze jours, et quils vont enfin, de quelque manière quon lespasse. Tous ceux que vous mavez nommés apprendront votre souvenir avec biende la joie; jen suis mieux reçue. Je verrai ce soir notre cardinal ; il veut bienque je passe, une heure ou deux chez lui les soirs avant quil se couche, et queje profite ainsi du peu de temps qui me reste. Corbinelli étoit ici quand jaireçu votre lettre ; il a pris beaucoup de part au plaisir que vous avez eu deconfondre un jésuite : il voudrait bien avoir été le témoin de votre victoire.Madame de la Troche a été charmée de ce que vous dites pour elle. Soyez enrepos de ma santé, ma chère enfant ; je sais que vous nentendez pas de raillerie-dessus. Le chevalier de Grignan est parfaitement guéri. Je men vais envoyervotre lettre chez M. de Turenne. Nos frères sont à Saint-Germain : jai envie devous envoyer la lettre de la Garde ; vous y verrez en gros la vie quon, fait à lacour. Le roi a fait ses dévotions à la Pentecôte : madame de Montespan les afaites de son côté : sa vie est exemplaire ; elle est très-occupée de ses ou-vriers, et va à Saint-Cloud, elle joue au hoca 1 .

A propos, les cheveux me dressèrent lautre jour à la tête, quand le coadju-

Le hoca .était un jeu de hasard très en vogue sous Louis XIV.