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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

tour me (lit quen allant à Aix il y avoit trouvé M. de Grignan jouant au lioca ;quelle fureur ! au nom de Dieu, ne le souffrez point ; il faut que ce soit unede ces choses que vous devez obtenir, si lon vous aime. Jespère que Paulinese porte bien, puisque vous ne men parlez point ; aimez-la pour lamour deson parrain (M. de la Garde ). Madame de Coulanges a si bien gouverné la prin-cesse dHarcourt, que cest elle qui vous fait mille excuses de ne sêtre pastrouvée chez elle quand vous allâtes lui dire adieu : je vous conseille de ncla pointchicaner-dessus. Ce que vous dites.des arbres qui changent est admirable ;la persévérance de ceux de Provence est triste et ennuyeuse 1 ; il vaut mieuxreverdir que dêtre toujours vert. Corbinelli dit quil ny a que Dieu qui doiveêtre immuable ; toute autre immutabilité estime imperfection ; il étoit bien entrain de discourir aujourdhui. Madame de la Trochc et le prieur de Livryétoient ici : il sest bien diverti à leur prouver tous les attributs de la Divinité.Adieu, ma très-aimable, je vous embrasse; mais quand pourrai-je vous em-brasser de plus près? La vie est si courte ! ah ! voilà sur quoi il ne faut passarrêter : cest maintenant vos lettres que jattends avec impatience.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 14 juin 1075.

Cest au lieu daller dans votre chambre que je vous entretiens, ma chèreenfant ; quand je suis assez malheureuse pour ne vous avoir plus, ma consola-tion toute naturelle, cest de vous écrire, de recevoir de vos lettres, de parler do.vous, et de faire quelques pas pour vos affaires. Je passai hier laprès-dîneravec notre cardinal : vous ne sauriez jamais deviner de quoi nous parlons quandnous sommes ensemble. Je recommence toujours à vous dire que vous ne pou-vez trop laimer, et que je vous trouve heureuse davoir renouvelé si solidementtoute linclination et la tendresse naturelle qu'il avoit déjà pour vous. Mandez-moi comment vous vous portez de Pair de Grignan ; sil vous a déjà bien dévorée,et de quelle façon je me dois représenter votre joliepersonne. Votre portrait est.très-aimable, mais beaucoup moins que vous, sans compter quil ne parlepoint. Pour moi, nen soyez point en peine, ma règle présentement est dêtredéréglée; je nen suis point malade. Je dîne tristement ; je suis chez moi jusquà

1 On voit en Provence plusieurs sortes d'arbres qui ne se dépouillent jamais de leurs feuilles,lesquelles demeurent vertes toute lannée : tels sont lolivier, l'oranger, les chênes-verts, teslauriers, etc.