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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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quil en soit, il faut un peu voir ce que deviendra ce tourbillon. Ce nest passans déplaisir que je retarde mon voyage : il est placé et rangé comme je ledésire; il ne peut être remis dans un autre temps sans me déranger beaucoupde desseins. Mais vous savez ma dévotion pour la Providence : il faut toujoursen revenir, et vivre au jour la journée. Mes paroles sont sages, comme vousvoyez,mais très-souvent mes pensées ne le sont pas. Vous devinez aisément quily a un point je ne puis me servir de la résignation que je prêche aux autres.

Mademoiselle dEaubonne 1 * * fut mariée avant-hier .Votre frère voudroit biendonner son guidon pour être colonel du régiment de Champagne : M. deGrignan la été; mais toutes nos bonnes têtes ne sont pas trop davis quil aug-mente sa dépense de quinze ou seize mille francs dans le temps noussommes. Il est revenu une grande quantité de monde avec le roi : le grandmaître, MM. de Soubise, Termes, Brancas, la Garde, Villars, le comte deFiesque; pour ce dernier, on est tenté de dire : Di cortesiapiù che di guerraamico; il nyavoit pas un mois quil étoit arrivé à larmée. M. de Pomponnedit quon ne peut jamais souhaiter la bataille de meilleur cœur, ni vouloirêtre plus résolûment que le roi au premier rang, lorsquon crut quon seraitobligé de la donner à Limbourg. Il nous conta des choses admirables de lamanière dont Sa Majesté vivoit avec tout le monde, et surtout avec M. lePrince et M. le Duc : tous ces détails sont fort agréables à entendre.

Au reste, ma fille, cette cassolette est venue ; elle ressemble assez à unjubilé* : elle pèse plus, et est beaucoup moins belle que nous ne pensions.Cest une antique qui sappelle donc une cassolette ; mais rien nest plus maltravaillé ; cependant cest une vraie pièce à mettre à Grignan, et nullement àParis. Notre bon cardinal a fait de cela comme de sa musique, quil loue sanssy connoître. Ce quil y a à faire, cest de len remercier tout bonnement, etne pas lui donner la mortification de croire que lon nest pas charmé de sonprésent. Il ne faut pas aussi vous figurer que ce présent soit autre chose,selon lui, quune pure bagatelle, dont le refus serait une très-grande rudesse.Je men vais len remercier en attendant votre lettre. Quand je vous ai pro-posé de lui conseiller de samuser à écrire son histoire, cest quon mavoitdit de le lui conseiller de mon côté, et que tous ces amis ont voulu être soutenus,afin quil parût que tous ceux qui laiment sont dans le même sentiment 5 .

Madame la grande-duchesse et madame de Sainte-Même 4 ont fort parlé

1 Antoinette Lefèvre dEaubonne, mariée à M. le Goux de la Berchère.

- Lue vieille pendule.

5 Cest aux instances des amis de M. le cardinal de Retz que le publie est redevable des -moires de sa vie, qui nont été imprimés que longtemps après sa mort.

4 Femme du premier écuyer de la grande-duchesse de Toscane,