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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME RE SÉV1GNÉ

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relions, men dut-il coûter mon bonnet; car ceux dici me sont entièrementinsupportables, et cet homme mamuse. Il ne ressemble point à un vilain mé-decin, il ne ressemble point aussi à celui de Chelles. II a de lesprit, de l'honnê-telé ; il commît le monde ; enfin jen suis contente. Il me parloit donc pendantque jétois au supplice. Représentez-vous un jet deau contre quelquune devos pauvres parties, toute la plus bouillante que vous puissiez vous imaginer.On met dabord lalarme partout, pour mettre en mouvement tous les esprits ;et puis on sattache aux jointures qui ont été affligées ; mais, quand on vient àla nuque du cou, cest une sorte de feu et de surprise qui ne se peut com-prendre ; cest cependant le nœud de laffaire. Il faut tout souffrir, et lonsouffre tout, et lon nest point brûlée, et on se met ensuite dans un lit chaud, lon sue abondamment, et voilà ce qui guérit. Voici encore mon méde-cin est bon; car, au lieu de mabandonner à deux heures dun ennui qui nepeut se séparer de la sueur, je le fais lire, et cela me divertit. Enfin je feraicette vie sept ou huit jours, pendant lesquels je croyois boire ; mais onne veutpas, ce serait trop de choses; de sorte que cest une petite allonge à monvoyage. Cest principalement pour finir cet adieu, et faire une dernière lessive,que lon ma envoyée ici, et je trouve quil y a de la raison : cest comme sije renouvelois un bail de vie et de santé ; et, si je puis vous revoir, machère, et vous embrasser encore dun cœur comblé de tendresse et de joie,vous pourrez peut-être encore mappeler votre bellissima madré, et je ne re-noncerai pas à la qualité de mère-beauté, dont M. de Coulanges ma ho-norée. Enfin, ma chère enfant, il dépendra de vous de me ressusciter decette manière. Je ne vous dis point que votre absence ait causé mon mal;au contraire, il paraît que je nai pas assez pleuré, puisquil me reste tantdeau ; mais il est vrai que de passer ma vie sans vous voir y jette une tris-tesse et une amertume à quoi je ne puis rnaccoutumer.

Jai senti douloureusement le 24 de ce mois 1 ; je lai marqué, ma très-chère,par un souvenir trop tendre: ces jours- ne soublient pas facilement; maisil y aurait bien de la cruauté à prendre ce prétexte pour ne vouloir plus mevoir, et à me refuser la satisfaction dêtre avec vous, pour mépargner le dé-plaisir dun adieu. Je vous conjure, ma fille, de raisonner dune autre ma-nière, et de trouver bon que dHacqueville et moi nous ménagions si bien letemps de votre congé, que vous puissiez être à Grignan assez longtemps, et enavoir encore pour revenir. Quelle obligation ne vous aurois-je point, si voussongez à me redonner dans lété qui vient ce que vous mavez refusé dans celui-ci ! Il est vrai que de vous voir pour quinze jours ma paru une peine, et pourvous, et. pour moi ; et jai trouvé plus raisonnable de vous laisser garder toutes

* Anniversaire du jour madame de Sévigné se sépara de sa fille à Fontamehlenn.