Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

291

LETTRES DE MADAME DE SIÎVIGN'É

vos forces pour cethiver, puisquil est certain que, la dépense de Provence étantsupprimée, vous nen faites pas plus à Paris. Si, au lieu de tant philosopher,vous meussiez, franchement et de bonne grâce, donné le temps que je vousdemandois, ceût été une marque de votre amitié très-bien placée ; mais jeninsiste sur rien, car vous savez vos affaires, et je comprends quelles peuventavoir besoin de votre présence. Voilà comme j'ai raisonné, mais sans quitteren aucune manière du monde lespérance de vous voir, car je vous avoue queje la sens nécessaire à la conservation de ma santé et ma vie. Parlez-moi duPichon 1 : est-il encore timide? Navez-vous point compris ce que je vous aimandé-dessus? Le mien nétoit point à Bouchain; il a été spectateur desdeux armées rangées si longtemps en bataille. Voilà la seconde fois quil nvmanque rien que la petite circonstance de se battre; mais, comme deux pro-cédés valent un combat, je crois que deux fois à la portée du mousquet valentune bataille. Quoi quil en soit, lespérance de revoir le pauvre baron gai etgaillard ina bien épargné de la tristesse. Cest un grand bonheur que le prince(lOrange nait point été touché du plaisir et de lhonneur dêtre vaincu parun héros comme le nôtre. On vous aura mandé comme nos guerriers, amiset ennemis, se sont vus galamment nell' uno, nelT altro campo, et se sontfait des présents.

On me mande que le maréchal de Rochefort est très-bien mort à Nanci, sansêtre tué que de la fièvre double tierce. Nest-il pas vrai que les petits ramo-neurs sont jolis 2 ? On étoit bien las des amours. Si vous avez encore mesdamesde Buous, je vous prie de leur faire mes compliments, et surtout à la mère :les mères se doivent cette préférence. Madame de Brissac sen va bientôt ; elleme fit lautre jour de grandes plaintes de votre froideur pour elle, et quevous aviez négligé son cœur et son inclination, qui la portoient à vous.Nous demeurerons ici, la bonne dEscars et moi, pour achever nos remèdes.Dites-lni toujours quelque chose ; vous ne sauriez comprendre les soinsquelle a de moi. Je ne vous ai point dit combien vous êtes célébrée ici, etpar le bon Saint-Hérem, et par Bayard, et par mesdames de Brissac et doLongueval.

On me fait prendre tous les jours de leau de poulet ; il ny a rien de plussimple ni de plus rafraîchissant: je voudrais que vous en prissiez pourrons em-pêcher de brûler à Grignan. Vous me dites de plaisantes choses sur le beau mé-decin de Chelles.Le conte des deux grands coups dépée pour affaiblir son hommeest fort bien appliqué* Je suis toujours en peine de la santé de notre cardinal ;

1 Le petit marquis.

2 11 s'agissait d'un papier d'éventail que madame de Sévignc avait envoyé à madame de Gri-gnan par le chevalier de linons.