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LETTRES DE MADAME DE SIÎVIGN'É
vos forces pour cethiver, puisqu’il est certain que, la dépense de Provence étantsupprimée, vous n’en faites pas plus à Paris. Si, au lieu de tant philosopher,vous m’eussiez, franchement et de bonne grâce, donné le temps que je vousdemandois, c’eût été une marque de votre amitié très-bien placée ; mais jen’insiste sur rien, car vous savez vos affaires, et je comprends qu’elles peuventavoir besoin de votre présence. Voilà comme j'ai raisonné, mais sans quitteren aucune manière du monde l’espérance de vous voir, car je vous avoue queje la sens nécessaire à la conservation de ma santé et dé ma vie. Parlez-moi duPichon 1 : est-il encore timide? N’avez-vous point compris ce que je vous aimandé là-dessus? Le mien n’étoit point à Bouchain; il a été spectateur desdeux armées rangées si longtemps en bataille. Voilà la seconde fois qu’il n’vmanque rien que la petite circonstance de se battre; mais, comme deux pro-cédés valent un combat, je crois que deux fois à la portée du mousquet valentune bataille. Quoi qu’il en soit, l’espérance de revoir le pauvre baron gai etgaillard in’a bien épargné de la tristesse. C’est un grand bonheur que le prince(l’Orange n’ait point été touché du plaisir et de l’honneur d’être vaincu parun héros comme le nôtre. On vous aura mandé comme nos guerriers, amiset ennemis, se sont vus galamment nell' uno, nelT altro campo, et se sontfait des présents.
On me mande que le maréchal de Rochefort est très-bien mort à Nanci, sansêtre tué que de la fièvre double tierce. N’est-il pas vrai que les petits ramo-neurs sont jolis 2 ? On étoit bien las des amours. Si vous avez encore mesdamesde Buous, je vous prie de leur faire mes compliments, et surtout à la mère :les mères se doivent cette préférence. Madame de Brissac s’en va bientôt ; elleme fit l’autre jour de grandes plaintes de votre froideur pour elle, et quevous aviez négligé son cœur et son inclination, qui la portoient à vous.Nous demeurerons ici, la bonne d’Escars et moi, pour achever nos remèdes.Dites-lni toujours quelque chose ; vous ne sauriez comprendre les soinsqu’elle a de moi. Je ne vous ai point dit combien vous êtes célébrée ici, etpar le bon Saint-Hérem, et par Bayard, et par mesdames de Brissac et doLongueval.
On me fait prendre tous les jours de l’eau de poulet ; il n’y a rien de plussimple ni de plus rafraîchissant: je voudrais que vous en prissiez pourrons em-pêcher de brûler à Grignan. Vous me dites de plaisantes choses sur le beau mé-decin de Chelles.Le conte des deux grands coups d’épée pour affaiblir son hommeest fort bien appliqué* Je suis toujours en peine de la santé de notre cardinal ;
1 Le petit marquis.
2 11 s'agissait d'un papier d'éventail que madame de Sévignc avait envoyé à madame de Gri-gnan par le chevalier de linons.