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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RK MADAME DK SÉVIGNË

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A LA MÊME

A Yicliy, lundi 8 juin 1(176.

.Ne doutez pas, ma fille, que je ne sois touchée très-sensiblement de préfé-rer quelque chose à vous qui mêtes si chère : toute ma consolation, cest quevous ne pouvez ignorer mes sentiments, et que vous verrez dans ma conduiteun beau sujet de réfléchir, comme vous faisiez lautre jour, touchant la préfé-rence du devoir sur linclination. Mais je vous conjure, et M. de Grignan, devouloir bien me consoler cet hiver de cette violence qui coiite si cher à moncœur. Voilà donc ce qui sappelle la vertu et la reconnoissance : je ne mé-tonne pas si lon trouve si peu de presse dans lexercice de ces belles vertus. Jenose en vérité appuyer sur ces pensées ; elles troublent entièrement la tran-quillité quon ordonne en ce pays. Je vous conjure donc une bonne fois de voustenir pour toute rangée chez moi, comme vous y étiez, et de croire encore quevoilà précisément la chose que je souhaite le plus fortement. Vous êtes enpeine de ma douche, ma très-chère : je lai prise huit matins, comme je vouslai mandé ; elle ma fait suer abondamment ; cest tout ce quon en souhaite, et,bien loin de men trouver plus foible, jemen trouve plusforte. Il est vrai quevous mauriezété dune grande consolation; je doute cependant quejeusse vouluvous souffrir dans cette fumée. Pour ma sueur, elle vous auroit fait un peu depitié; mais enfin je suis le prodige de Vichy, pour avoir soutenu la douchecourageusement. Mes jarrets en sont guéris ; si je fermois mes mains, il nyparoîtroit plus. Pour les eaux, jen prendrai jusquà samedi ; cest mon sei-zième jour ; elles me purgent et me font beaucoup de bien.

Tout mon déplaisir, cest que vous ne voviezpoint danser les bourrées de cepays; cest la plus surprenante chose du monde. Des paysans, des paysannes,une oreille aussi juste que vous, une légèreté, une disposition... enfin jen suisfolle. Je donne tous les soirs un violon avec un tambour de basque, à très-petits frais; et dans ces prés et ces jolis bocages cest une joie que de voirdanser les restes des bergers et des bergères du Pignon 1 . Il mest impossible dene vous pas souhaiter, toute sage que vous êtes, à ces sortes de folies.

Nous avons Sibylle Citme'e 2 toute parée, tout habillée en jeune personne.Elle croit guérir ; elle rne fait pitié. Je crois que ce seroit une chose possible,

1 Petite rivière h laquelle le roman de VAslne a donné de la célébrité.

1 Madame de Péquignv.

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