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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE 51A DA,ME DE SK V IGNÉ

point eu de curiosité de questionner sur le sujet de sa femme l . Vous souvieut-iide ce que je contois un jour à Corbinelli, quun certain homme épousoit unefemme? « Voilà, me dit-il, un beau détail. » Je men suis contentée en cetleoccasion, persuadée que, si javois connu son nom, vous me lauriez nommée-Vos dames deMontélimartsont assez bonnes à moufler avec leur carton doré 2 .Je reviens à ma santé ; elle est très-admirable. Les eaux et la douche mont ex-trêmement purgée ; et, au lieu de maffoiblir, elles mont fortifiée. Je marchetout comme une autre. Je crains de rengraisser : voilà mon inquiétude ;car jaiirie à être comme je suis. Mes mains ne se ferment pas, voilà tout;le chaud fera mon affaire. On veut menvoyer au mont Dore. Je ne veux pas.Je mange présentement de tout, cest-à-dire je le pourrai, quandje ne prendraiplus les eaux. Je me suis mieux trouvée de Vichy que personne, et bien desgens pourroient d re :

Eu bain si chaud, tant de fois éprouvé,

Ma laissé comme il ma trouvé.

Pour moi, je mentirois , car il sen faut si peu que je ne fasse de mes mainscomme les autres, quen vérité ce nest pas la peine de se plaindre. Passez doncvotre été gaiement, ma très-chère. Je voudrais bien vous envoyer pour la nocedeux filles et deux garçons qui sont ici, avec le tambour de basque, pour vousfaire voir cette bourrée. Enfin les Bohémiens sont fades en comparaison. Jesuis sensible à la parfaite bonne grâce : vous souvient-il quand vous me faisiezrougir les yeux à force de bien danser? Je vous assure que cette bourrée,dansée, sautée, coulée naturellement, et dans une justesse surprenante, vousdivertirait. Je men vais penser à ma lettre pour M. de la Garde. Jopars demaindici ; jirai me purger et me reposer un peu chez Bayard, et puis à Moulins, clpuis méloigner toujours de ce que jaime passionnément, jusquà ce que vousfassiez les pas nécessaires pour redonner la joie et la santé à mon cœur et à moncorps, qui prennent beaucoup de part, comme vous savez, à ce qui touche lunou lautre. Parlez-moi de vos balcons, de votre terrasse, des meubles de machambre, et enfin toujours de vous; ce vous m'est plus cher que mon moi,et cela revient toujours à la même chose.

* Le mariage dont il sagissait ne se lit point, quoiquil lût très-avancé. 51. de la Garde était(ils de Louis Escalin des Aimars, baron de la Garde, et de Jeanne Adliémar de Monteil, tante deM. de Grignau.

2 11 sagit apparemment do coiffures en carton doré, qui se conservent encore dans quelquescantons de lAuvergne.