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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVlGNÉ

tic lavarice dun certain prêtre; il me disoit fort naturellement : « Enfin,madame, cest un homme qui mange de la merluche toute sa vie, pour man-ger du poisson après sa mort. » Je trouvai cela plaisant, et jen fais lapplica-tion toute heure. Les devoirs, les considérations, nous font manger de lamerluche toute notre vie pour manger du poisson après notre mort.

Je nai plus les mains enflées, mais je ne les ferme pas ; et, comme jai tou-jours espéré que le chaud les rcmettroil, javois fondé mon voyage de Vichy surcette lessive dont je vous ai parlé, et sur les sueurs de la douche, pour môter àjamais la crainte du rhumatisme : voilà ce que je voulois, et ce que jai trouvé.Je me sens bien honorée du goût qua M. deGrignanpour mes lettres : je ne lescrois jamais bonnes ; mais, puisque vous les approuvez, je ne leur en demandepas davantage. Je vous remercie de lespérance que vous me donnez de vousvoir cet hiver ; je nai jamais eu plus denvie de vous embrasser. Jaime labbéde vous avoir écrit si paternellement ; lui qui souffre avec peine dêtre sixsemaines sans me voir, ne doit-il pas entrer dans la douleur que jai de pas-ser ma vie sans vous, et dans lextrême désir que jai de vous avoir?

On dit que madame de Rochefort est inconsolable. Madame de Vaubruncsttoujours dans son premier désespoir. Je vous écrirai de Moulins. Je ne fais pasréponse à la moitié de votre aimable lettre ; je nen ai pas le temps.

A LA MÊME

A Briarc, mercredi 24 juin 1676.

Je m'ennuie, ma très-chère, dêtre si longtemps sans vous écrire. Je vous aiécrit deux fois de Moulins ; mais il y a bien loin dici à Moulins. Je commence àdater mes lettres de la distance que vous voulez. Nous partîmes donc lundi decette bonne ville. Nous avons eu des chaleurs extrêmes. Je suis bien assuréeque vous navez pas trouvé deau dans votre petite rivière, puisque notre belleLoire est entièrement à sec en plusieurs endroits. Je ne comprends pas commeauront fait madame de Montespan et madame de Tarente : elles auront glissésur le sable. Nous partons à quatre heures du matin; nous nous reposonslongtemps à la dînée ; nous dormons sur la paille et sur les coussins denotre carrosse, pour éviter les incommodités de lété. Je suis dune paressedigne de la vôtre; par le chaud, je vous tiendrais compagnie à causer surun lit, tant que terre nous pourrait porter. Jai dans la tête la beauté devos appartements; vous avez été trop longtemps à me les dépeindre.