LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNG
son
qu’il a pour moi. Livry me revient souvent dans la tète, et je dis que je com-mence à étouffer, afin qu’on approuve mon voyage. Adieu, ma très-aimable ettrès-aimée ; vous me priez de vous aimer : ali ! vraiment je le veux bien ; il nesera pas dit que je vous refuse quelque chose.
A LA MÊME
A Paris, mercredi 5 août 1676.
Je veux commencer aujourd’hui par ma santé : je me porte très-bien, machère enfant. J’ai vu le bonhomme de Lormeàson retour de Maisons. Il m’agrondée de n’avoir pas été à Bourbon; mais c’est une radoterie, car il avoueque, pourboire, Vicby est aussi bon ; mais c’est pour suer, dit-il, et j’ai suéjusqu’à l’excès. Ainsi, je n’ai pas changé d’avis sur le choix que j’ai fait.
Cependant Aire est pris. Mon fils me mande mille biens du comte de Vaux,qui s’est trouvé le premier partout ; mais il dénigre fort les assiégés, qui ontlaissé prendre en une nuit le chemin couvert, la contrescarpe, passer le fosséplein d’eau, et prendre les dehors du plus bel ouvrage à corne qu’on puissevoir, et qui enfin se sont rendus le dernier jour du mois, sans que personneait combattu. Ils ont été tellement épouvantés de notre canon, que les nerfsdu dos qui servent à se retourner, et ceux qui font remuer les jambes pours’enfuir, n’ont pu être arrêtés par la volonté d’acquérir de la gloire, et voilàce qui fait que nous prenons des villes. C’est M. de Louvois qui en atoutl’honneur : il a un plein pouvoir, et fait avancer et reculer les armées, commeil le trouve à propos. Pendant que tout cela se passoit, il y avoit une illumina-tion à Versailles, qui annonçoit la victoire : ce fut samedi, quoiqu’on eût dit lecontraire. On peut faire les fêtes et les opéras : sûrement le bonheur du roi,joint à la capacité de ceux qui ont l’honneur de le servir, remplira toujours cequ’ils auront promis. J’ai l’esprit fort en liberté présentement du côté de laguerre.
Quand vous lirez Y Histoire des vhirs, je vous conseille de ne pas demeurerà ces têtes coupées sur la table; ne quittez point le livre à cet endroit, allezjusqu’au fils 1 ; et, si vous trouvez un plus honnête homme parmi ceux quisont baptisés, vous vous en prendrez à moi. Pour l’épître dédicatoire, j’avouequ’elle devroit être à la femme.
' Achmet Coprogli, pacha, fut nommé grand vizir après la mort de Mahomet Coprogli, sonpère. Les vies du père et du fils sont intéressantes.