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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SIîVIGNfi

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Voici une petite histoire que vous pouvez croire, comme si vous laviez en-tendue. Le roi disoit un de ces matins : «En vérité, je crois que nous nepourrons pas secourir Philisbourg ; mais enfin, je nen serai pas moins roido France. » M. de Montausier,

Qui pour le pape ne diroitUne chose quil ne croiroit,

lui dit: «Il est vrai, sire, que vous seriez encore fort bien roi de France,quand on vous auroit repris Metz, Toul et Verdun, et la Comté, et plusieursautres provinces dont vos prédécesseurs se sont bien passés. » Chacun semit à serrer les lèvres ; et le roi dit de très-bonne grâce : « Je vous entendsbien, monsieur de Montausier, cest-à-dire que vous croyez que mes affairesvont mal ; mais je trouve très-bon ce que vous dites, car je sais quel cœurvous avez pour moi. » Cela est très-vrai, el je trouve que tous les deux firentparfaitement bien leur personnage.

A LA MÊME

À Livry, vendredi 28 août 167fi.

Jen demande pardon à ma chère patrie, mais je voudrois bien que M. deScbomberg ne trouvât point doecasion de se battre : sa froideur et sa manièretout opposée à M. de Luxembourg me font craindre aussi un procédé tout diffé-rent. Je viens décrire un billet à madame de Schomberg 1 pour en apprendredes nouvelles. Cest un mérite que jai apprivoisé il y a longtemps ; mais je mentrouve encore mieux depuis quelle est notre générale. Elle aime Corbinelli depassion. Jamais son bon esprit ne sétoit tourné du côté daucune sorte descience ; de sorte que cette nouveauté quelle trouve dans son commerce luidonne aussi un plaisir tout extraordinaire dans sa conversation. On dit quemadame de Coulanges viendra demain ici avec lui, et jen aurai bien de lajoie, puisque cest à leur goût que je devrai leur visite. Jai écrit à dIIaequevillepour ce que je voulois savoir de M. de Pomponne, et encore pour une ving-tième sollicitation à ce petit bredouilleur de Parère. Je suis assurée quil vousécrira toutes les mêmes réponses quil me doit faire, et vous dira aussi comme,malgré le bruit qui couroit, M. de Mende a accepté Alby.

Au reste, je lis les figures de la sainte Écriture 2 , qui prennent laffaire dès

* Suzanne dAumale dHarcourt.

-1 .'Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, par le sieur de Royaumoni.