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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ 517

apprends à nouer des rubans : en un mot, je crois que vous vous en trou-verez fort bieu.

Madame Cornuel étoit lautre jour chez Berner l , dont elleétoitmaltraitée ;elle attendoit à lui parler dans une antichambre qui étoit pleine de laquais.ilvint une espèce dhonnête homme, qui lui dit quelle étoit mal dans ce lieu-.« Hélas! dit-elle, j'y suis fort bien, je ne les crains point, tant qu'ils sont la-quais. » Yoilà ce qui a fait éclater de rire M. de Pomponne, de ces rires quevous connoissez; je crois que vous le trouverez fort plaisant aussi.

M. le cardinal mécrit, du lendemain, quil a fait un pape, et massure quilna aucun scrupule. Vous savez comme il a évité le sacrilège du faux serment ;les autres y doivent trouver un grand goût, puisquil nest pas même néces-saire. Il me mande que le pape est encore plus saint deffet que de nom ; quilvous a écrit de Lyon en passant, et quil ne vous verra point en repassant, par-la même raison des galères, dont il est très-fàcbé ; de sorte quil se retrouveradans peu de jours chez lui, comme si de rien nétoit. Ce voyage lui a fait biende lhonneur, car il ne se peut rien ajouter au bon exemple quil a donné. Oncroit même que, par le bon choix du souverain pontife, il a remis dans le con-clave le Saint-Esprit, qui enétoitexilé depuistant dannées. Après cetexemple,il ny a point dexilé qui ne doive espérer.

Vous voilà donc dans la solitude ; cest présentement que vous devez craindreles esprits. Je men vais parier que vous nêtes plus que cent personnes dansvotre château. Je suis persuadée de toute Yaimabilité de la belle Rochebonne ;mais la constance de Corbinelli est abîmée dans tant de philosophie, et il est siterriblement attaché à la justesse des raisonnements, que je ne vous répondsplus de lui. 11 dit que le P. le Bossu ne répond pas bien à vos questions ; quilaurait tort de vouloir vous instruire; que vous en savez plus queux tous : vousnous en manderez votre avis.

Je vous ai mandé lhistoire deBrisacier ; on nen peut rien dire jusquà ceque le courrier de Pologne soit revenu. 11 est cependant hors de Paris et de lacour. Il assiège la ville, et demeure chez ses amis aux environs. Il étoit lautrejour à Clichy ; madame du Plessis le vint voir de Fresne, pour faire les lamen-tations de la rupture de son marché. Brisacierlui dit quassurément il nétoitpoint rompu, et quon verrait, au retour du courrier, sil étoit aussi fou quondisoit. Sil est protégé de la reine de Pologne, ou du roi, nous en jugeronscomme vous faites.

M. de Bussy est arrivé comme jécrivois cette lettre; je lui ai fait voir votresouvenir. 11 vous dira lui-même combien il en est content. 11 ma lu des Mémoires

Procureur syndic perpétuel des secrétaires du roi.