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LETTRES RE MADAME DE SEVIGNE
les attestations qui lui feront avoir son congé. Il clopine, il fait des remèdes ; et,quoiqu’on nous menace de toutes les sévérités de l’ancienne discipline, nousvivons en paix, dans l’espérance que nous ne serons point pendus. Nous cau-sons et nous lisons. Le compère, qui sent que je suis ici pour l’amour de lui,me fait des excuses de la pluie, et, n’oublie rien pour me divertir ; il v réussit àmerveille; nous parlons souvent de vous avec tendresse.
M. DE SÉVIGNÉ
La fille du seigneur Alcanior n’épousera donc point le seigneur Stjavarelle ,qui n’a que cinquante-cinq ou cinquante-six ans 1 : j’en suis fâché, toutétoitdit, tous les frais étoient faits. Je crois que la difficulté de la consommation aété le plus grand obstacle. Le chevalier de la gloire 9 ne s’en trouvera pas plusmal ; cela me console. Ma mère est ici pour l’amour de moi ; je suis un pauvrecriminel, que l’on menace tous les jours de la Bastille ou d’être cassé. J’espèrepourtant que tout s’apaiserapar le retour prochain de toutes les troupes. L’étatoù je suis pourroit tout seul produire cet effet ; mais ce n’est plus la mode. Jefais donc tout ce que je puis pour consoler manière, et du vilain temps, et d’a-voir quitté Paris : mais elle ne veut pas m’entendre, quand je lui parle là-dessus.Elle revient toujours sur les soins que j’ai pris d’elle pendant sa maladie ; et, àce que je puis juger par ses discours, elle est fort fâchée que mon rhuma-tisme ne soit pas universel, et que je n’aie pas la fièvre continue, afin depouvoir me témoigner toute sa tendresse et toute l’étendue de sa reconnois-sance, Elle seroit tout à fait contente, si elle m’avoit seulement vu en état deme faire confesser; mais, par malheur, ce n’est pas pour cette fois: il fautqu’elle se réduise à me voir clopiner, comme clopinoit jadis M. de la Roche-foucauld, qui va présentement comme un Basque. Nous espérons vous voirbientôt; ne nous trompez pas, et ne faites point l’impertinente; on dit quevous l’êtes beaucoup sur ce chapitre. Adieu, ma belle petite sœur ; je vousembrasse mille fois du meilleur de mon cœur.
MADAME DE SÉVIGNÉ
Vous pouvez compter que vous aurez votre pension; j’irai la semaine quivient à Versailles pour parler à M. Colbert avec le grand d’Haequeville : il
* Voyez la scène u du Mariage force, comédie de Molière.
2 Le chevalier de Grignan.