Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

520

LETTRES RE MADAME DE SEVIGNE

les attestations qui lui feront avoir son congé. Il clopine, il fait des remèdes ; et,quoiquon nous menace de toutes les sévérités de lancienne discipline, nousvivons en paix, dans lespérance que nous ne serons point pendus. Nous cau-sons et nous lisons. Le compère, qui sent que je suis ici pour lamour de lui,me fait des excuses de la pluie, et, noublie rien pour me divertir ; il v réussit àmerveille; nous parlons souvent de vous avec tendresse.

M. DE SÉVIGNÉ

La fille du seigneur Alcanior népousera donc point le seigneur Stjavarelle ,qui na que cinquante-cinq ou cinquante-six ans 1 : jen suis fâché, toutétoitdit, tous les frais étoient faits. Je crois que la difficulté de la consommation aété le plus grand obstacle. Le chevalier de la gloire 9 ne sen trouvera pas plusmal ; cela me console. Ma mère est ici pour lamour de moi ; je suis un pauvrecriminel, que lon menace tous les jours de la Bastille ou dêtre cassé. Jespèrepourtant que tout sapaiserapar le retour prochain de toutes les troupes. Létat je suis pourroit tout seul produire cet effet ; mais ce nest plus la mode. Jefais donc tout ce que je puis pour consoler manière, et du vilain temps, et da-voir quitté Paris : mais elle ne veut pas mentendre, quand je lui parle-dessus.Elle revient toujours sur les soins que jai pris delle pendant sa maladie ; et, àce que je puis juger par ses discours, elle est fort fâchée que mon rhuma-tisme ne soit pas universel, et que je naie pas la fièvre continue, afin depouvoir me témoigner toute sa tendresse et toute létendue de sa reconnois-sance, Elle seroit tout à fait contente, si elle mavoit seulement vu en état deme faire confesser; mais, par malheur, ce nest pas pour cette fois: il fautquelle se réduise à me voir clopiner, comme clopinoit jadis M. de la Roche-foucauld, qui va présentement comme un Basque. Nous espérons vous voirbientôt; ne nous trompez pas, et ne faites point limpertinente; on dit quevous lêtes beaucoup sur ce chapitre. Adieu, ma belle petite sœur ; je vousembrasse mille fois du meilleur de mon cœur.

MADAME DE SÉVIGNÉ

Vous pouvez compter que vous aurez votre pension; jirai la semaine quivient à Versailles pour parler à M. Colbert avec le grand dHaequeville : il

* Voyez la scène u du Mariage force, comédie de Molière.

2 Le chevalier de Grignan.