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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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nous la donna si vite pour vous faire partir; ne voudra-t-il point eu faire autantpour vous faire revenir? Adieu, ma très-cbère et très-parfaitement aimée;jembrasse tout ce qui est auprès de vous. Dieu sait si je souhaite de vousvoir ; cependant je vous avoue que je ne veux point que ce soit contre votregré, ni avec tout le chagrin que je crois voir dans vos lettres; il faut quevous partagiez cette joie, si vous voulez que la mienne soit entière.

A LA MÊME

A Livry, mercredi 4 novembre 1676,

Cest une grande vérité, ma tille, que lincertitude ôte la liberté. Si vousétiez contrainte, vous prendriez votre parti, vous ne seriez point suspendue,comme le tombeau de Mahomet: lune des pierres daimant auroit emportélautre ; vous 11e seriez plus dragonnée , qui est un état violent. La voix qui vouscrie en passant la Durance : Àh! ma mère ! ah ! ma mère ! se feroit entendredès Grignan; ou celle qui conseille de la quitter ne vous troublerait point àBriare. Ainsi je conclus quil nv a rien de si opposé à la liberté que lindiffé-rence et lindétermination. Mais le sage la Garde, qui a repris toute sa sagesse,a-t-il perdu aussi son libre arbitre? Ne sait-il plus conseiller? Ne sait-il pointdécider? Pour moi, vous avez vu que je décide comme un concile ; mais laGarde, qui revient à Paris, ne saurait-il placer son voyage utilement pour nous ?

Si vous venez, ce nest pas mal dire de descendre à Sully : la petite duchessevous enverra sûrement jusquà Nemours, certainement vous trouverez desamis, et le lendemain encore des amis. Ainsi en relais damis vous vous trouve-rez dans votre chambre. On vous auroit un peu mieux reçue la dernière fois;mais votre lettre arriva si tard, que vous surprîtes tout le monde, et vous pen-sâtes même ne me pas trouver, qui eût été une belle chose. Nous ne tomberionspas dans le même inconvénient. Il faut que je me loue du chevalier (de Gri-gnan) : il arriva vendredi au soir à Paris, il vint samedi dîner ici ; cela nest-ilpas joli? Je lembrassai de fort bon cœur ; nous dîmes ce que nous pensionstouchant vos incertitudes. Je men vais faire un tour à Paris. Je veux voir M. deLouvois sur votre frère, qui est toujours ici sans congé ; cela minquiète. Jeveux voir aussi M. Colbert pour votre pension : je nai que ces deux petites vi-sites à faire. Je crois que jirai jusquà Versailles. Je vous en rendrai compte.Il fait cependant ici le plus beau temps du monde; la campagne nest pointencore affreuse ; les chasseurs ont été favorisés de saint Hubert.