EEÎTKES DE MADAME DE SÊVIGNE
.*‘22
Nous lisons toujours saint Augustin avec transport : il y a quelque chosede si noble et de si grand dans ses pensées, que tout le mal qui peut arri-ver de sa doctrine aux esprits mal faits est bien moindre que le bien que lesautres en retirent. Vous croyez que je lais l’entendue ; mais, quand vousverrez comme cela s’est familiarisé, vous ne serez pas étonnée de ma capa-cité. Vous m’assurez que si vous ne m’aimiez pas plus que vous ne le dites,vous ne m’aimeriez guère. Je suis tentée de ravauder sur cette expression,et de la tant retourner, que j’en fasse une rudesse ; mais non, je suis per-suadée que vous m’aimez, et Dieu sait aussi bien mieux que vous de quellemanière je vous aime. Je suis fort aise que Pauline me ressemble : elle vousfera souvenir de moi. Ah! ma mère , il n'est pas besoin de cela.
M. DE SÉVIG.NÉ
Quand je songe que M. de la Garde est avec vous, et qu’il vous voit recevoirvos lettres, je tremble qu’il n’ait vu sur votre épaule la sottise que je vousécrivois il y a quelques jours. Là-dessus, je frémis, et je m’écrie : Ah! masœur ! ah ! ma sœur ! Si j’étois aussi libre que vous l’êtes, et que j’entendissecette voix comme vous entendez celle A'ah ! ma mère ! ah ! ma mère ! je seroisbientôt en Provence. Je ne comprends pas que vous puissiez balancer ; vousdonnez des années entières à M. de Grignan, et à ce que vous devez à toutela famille des Grignans : y a-t-il après cela une loi assez austère pour vousempêcher de donner quatre mois à la vôtre? Jamais les lois de chevalerie,qui faisoient jurer Sancho Pança, n’ont été si sévères ; et, si don Quichotteeût eu pour lui un auteur aussi grave que M. de la Garde, il auroitassurément permis à son écuyer de changer de monture avec le chevalier del’armet de Mambrin. Profitez donc de M. de la Garde, puisque vous l’avez :accordez ensemble votre voyage, et songez que vous avez plusieurs devoirsà remplir. On est sûr de votre cœur ; mais ce n’est pas toujours assez, ilfaut des signifiances. Partagez donc vos faveurs et votre présence entre l’unet l’autre hémisphère, à l’exemple du soleil qui nous luit : voilà une assezbelle façon de parler pour n’en pas demeurer là. Adieu, ma belle petite sœur,j’ai toujours une cuisse bleue, et j’ai grand’peur de l’avoir tout l’hiver.