Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES 1)E MADAME DE SÉVIGNE

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ce que vous me dites sans cesse; songez que votre sauté fait la mienne, etque tout mest inutile dans le monde, si vous 11 e guérissez.

A LA MÊME

A Paris, mercredi 50 juin 1077.

Vous mapprenez enfin que vous voilà à Grignau. Les soins que vous avez demécrire me sont de continuelles marques de votre amitié. Je vous assure aumoins que vous ne vous trompez pas dans la pensée que jai besoin de ce se-cours ; rien ne mest en effet si nécessaire. Il est vrai, et jy pense trop souvent,que votre présence me leût été beaucoup davantage; mais vous étiez disposéedune manière si extraordinaire, que les mêmes pensées qui vous ont détermi-née à partir mont fait consentir à cette douleur, sans oser faire autre choseque détouffer mes sentiments. Cétoit un crime pour moi que dêtre en peine devotre santé : je vous voyois périr devant mes yeux, et il ne métoit pas permisde répandre une larme; cétoit vous tuer, cétoit vous assassiner; il falloit étouf-fer : je nai jamais vu une sorte de martyre plus cruel ni plus nouveau. Si aulieu de cette contrainte, qui ne faisoit quaugmenter ma peine, vous eussiez étédisposée à vous tenir pour languissante, et que votre amitié pour moi se fûttournée en complaisance, et à me témoigner un véritable désir de suivre lesavis des médecins, à vous nourrir, à suivre un régime, à mavouer que le reposet lair de Livry vous eussent été bons, cest cela qui-meût véritablement con-solée, et non pas décraser tous nos sentiments. Ah ! ma fille, nous étions dunemanière sur latin quil falloit faire comme nous avons fait. Dieu nous montraitsa volonté par cette conduite ; mais il faut tâcher de voir sil ne veut pas bienque nous nous corrigions, et quau lieu du désespoir auquel vous me condam-niez par amitié, il ne seroit point un peu plus naturel et plus commode dedonner à nos cœurs la liberté quils veulent avoir, et sans laquelle il nest paspossible de vivre en repos. Voilà qui est dit une lois pour toutes ; je neu diraiplus rien. Mais faisons nos réflexions chacune de notre côté, afin que, quand ilplaira à Dieu que nous nous retrouvions ensemble, nous ne retombions pas dansde pareil s inconvénients. Cest une marque du besoin que vous aviez de ne plusvous contraindre, que le soulagement que vous avez trouvé dans les fatiguesdun voyage si long. 11 faut des remèdes extraordinaires aux personnes qui lesont : les médecins neussent jamais imaginé celui-. Dieu veuille quil con-tinue dctre bon, et que lair de Grignau ne vous soit point contraire! Il falloit