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LETTRES 1)E MADAME DE SÉVIGNÉ
A LA MÊME
A Livry, vendredi 29 septembre 1079.
Au sortir de chez mademoiselle de Méri, mercredi au soir, d’où je vousécrivis, ma fille, en qualité de son secrétaire, j’allai souper chez la marquised’Uxelles ; je lui lis tous vos compliments : on ne peut jamais avoir plus d’es-time ni plus d’inclination pour personne qu’elle en a pour vous. Elle étoitvenue l’après-dînée chez moi avec mesdames de Lavardin, de Mouci et deBclin; tout cela m’avoit chargée de mille et mille compliments pour vous.Nous revînmes ici hier matin, le bon abbé et moi. Corbinelli est occupé de sesaffaires ; de sorte que je puis me vanter d’être seule, car les Coulanges elBagnols partoient pour Charenton, et je ne les vis qu’un moment. Je m’en vaisdonc être avec moi et avec votre cher et douloureux souvenir : je m’en vaisvoir comment je m’accommoderai de cette compagnie. M. Pascal dit que tous,les maux viennent de ne savoir pas garder sa chambre. J’espère garder si bience jardin et cette forêt, qu’il ne m’arrivera aucun accident. Le temps est pour-tant entièrement détraqué depuis six jours ; mais il y a de belles heures. Je fushier très-longtemps dans le jardin, à vous chercher partout et à penser à vous,avec une tendresse qui ne se peut connoître que quand on l’a sentie. Je relustoutes vos lettres; j’admirai vos soins et votre amitié, dont je suis persuadéeautant que vous voulez que je le sois. Vous me dites que votre cœur estcomme je le souhaite, et comme je ne le crois point ; je vous ai déjà répondu,ma très-chère, qu’il est comme je le souhaite et commeje le crois; c’est unevérité, et je vous aime sur ce pied-là : jugez de l’effet que cette persuasion doitfaire avec l’inclination naturelle que j’ai pour vous.
L’Anglois (le chevalier Talbot) est venu voir le bon abbé sur ce rhume quinous faisoit peur ; il a mis dans son vin et dans son quinquina une certaine chosedouce qui est si admirable, que le bon abbé sent son rhume tout cuit, et nousne craignons plus rien. C’est ce qu’il donna à Hautefeuille, qui le guérit en unmoment de la fluxion sur la poitrine dont il mourait, et de la fièvre continue :en vérité, ce remède est miraculeux. J’ai bien envie de savoir comme seportela pauvre Montgobert, le Maire, et M. de Grignan que je ne daigne mettre aunombre des malades, puisqu’il joue à l’hombre. Je souhaite bien sa santé,pour l’amour de lui, mais aussi popr l’amour de vous; car, quoique vous m'epriiez de n’être point en peine de votre peine, je vous le refuse, ma très-belle,persuadée que sa maladie vous ferait plus de mal qu’à lui. 11 faut que tant de