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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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choses aillent bien pour que vous soyez en repos, quil nest, quasi pas possiblede vous y voir. Jaimerois bien à savoir létat vous êtes au vrai, et combienla fatigue du voyage, les nuits sans dormir et les agitations du carrosse ont prissur votre pauvre personne, qui étoit déjà si abattue. Ne croyez point quil soitnaturel dêtre sans inquiétude ; mettez-vous à ma place, et, sans vous fâcher,ni dire que vous vous portez parfaitement bien, jugez raisonnablement de lajuste crainte que je dois avoir pour vous. Eh ! mon Dieu, quand je songecomme vous êtes pour moi, je me trouve inhumaine et grossière pour vous.

Si jétois aussi délicate que vous, je le dis à ma confusion, hélas ! ma belle,je ne vivrois pas. Et pourquoi ai-je doue tant de courage et tant despérance?Est-ce que je vous aime moins que vous ne maimez ? Il semble que vousmétourdissiez par vos discours, et cependant je ne les crois point sur votresanté. En vérité, je me perds dans ce faux repos ; et, quand jy pense bien, jetrouve que jai tant de raison dêtre en peine, que je ne sais pourquoi jai eula complaisance dêtre persuadée de tout ce que vous mavez dit. Mais, vous-même, ne voulez-vous point avoir quelque soin de vous rafraîchir, de vousreposer, de faire écrire pour vous ? Gardez-vous bien, ma fille, de répondre àtoutes mes lettres : bon Dieu! je ne le prétends pas ; je cause avec vous sans finet sans mesure; il ne faut point de réponse à tout ceci. Je nécris quà vous, jefais ma seule consolation de vous entretenir ; ne soyez pas si simple que dy ré-pondre, je ne vous écrirois plus que des billets. Le soin que jai de votre santé,et la persuasion du mal que je vous lerois décrire de grandes lettres, me faitentièrement renoncer au plaisir de les lire. Ce me seroit une douleur depenser à ce quelles vous auroient coûté.

A LA MÊME

A Livry, vendredi 6 octobre 1679.

Vous avez trouve le vent contraire; je nen suis guère surprise ; vous êtesassez destinée à ce malheur, soit sur le Rhône ou sur la terre. Cest en vérité,ma chère enfant, un grand chagrin en quelque endroit que ce soit, et jecomprends fort aisément lembarras vous avez été. Il y a même du péril,et vous fîtes très-sagement dhonorer de votre présence le lieu M. deVardes sest baigné, plutôt que de vous opiniâtrer à gagner Valence : il fautcéder à la furie des vents.

Il est venu ici un P. Morel de lOratoire. Cest un homme admirable. Il a