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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ

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amené Saint-Aubin, qui nous est demeuré. Je voudrais que M. do Grignan eutentendu ce père. Il ne croit pas qu’on puisse sans péebé donner à ses plaisirsquand on a des créanciers ; ces dépenses lui paroissent des vols qui nous ôtentle moyen de faire justice. Vraiment, c’est un homme bien salé ; il ne faitaucune composition. Mais parlons de Pauline (de Grignan ) ; l’aimable, lajoliepetite créature ! Hélas! ai-je été jamais si jolie qu’elle? on dit que je l’étoisbeaucoup. Je suis ravie qu’elle vous fasse souvenir de moi : je sais bien qu’iln’est pas besoin de cela ; mais enfin j’en ai une joie sensible. Vous me la dé-peignez charmante, et je crois précisément tout ce que vous m’en dites. Je suisétonnée qu’elle ne soit pas devenue sotte et ricaneuse dans ce couvent : ah !que vous avez bien fait de l’en retirer ! Gardez-la, ma fille, ne vous privez pasde ce plaisir, la Providence en aura soin. Ne lui dites-vous pas qu’elle aunebonne*'! Seroit-il bien possible que je trouvasse encore de la place pour aimer,et denouveaux attachements? Je vous conseille de ne vous point défendre de latendresse qu’elle vous inspire, quand vous devriez la marier en Béarn. Mes-demoiselles de Grignan ont eu grande raison de trouver le château de leur pèretrès-beau ; mais, mon Dieu, quelles fatigues pour y parvenir ! que de nuits surla paille, et sans dormir, et sans manger rien de chaud ; ma chère fille, vous neme dites pas comme vous vous en portez, et comme cette poitrine en estéchauffée, et comme votre sang en est irrité. Quelle circonstance à notre sépa-ration, que la crainte trop bien fondée que j’ai pour votre santé! Je crois en-tendre cette bise qui vous ôte la respiration. Hélas! pouvois-je me plaindre encomparaison de ce que je souffre, quand je n’avois que votre absence à sup-porter? Jecroyois qu’on ne pouvoit. pas être pis: on n’imagine rien au delà :j’igno'rois la peineoù jesuis; jela trouve si dure à supporter, que je regarderaiscomme une tranquillité l’état où j’étois alors. Encore si je pouvois me fier àvous, et me consoler dans l’espérance que vous aurez soin et pitié de vous etde moi, que vous donnerez du temps à vous reposer, à vous rafraîchir, àpren- .dre ce qui peut apaiser votre sang ; mais je vous vois peu attentive à votrepersonne, dormant peu, mangeant peu, et cette écritoire toujours ouverte.Ma fille, si vous m’aimez, donnez-moi quelque repos, en prenant soin devous. Ma chère Pauline, ayez soin de votre belle maman. Pour moi, je meporte très-bien.

11 fait le plus beau temps du monde. Le bon abbé est parfaitement guéri ;son rhume est allé avec sa fièvre : l’Anglois est un homme divin. Nous ne pen-sons point à faire un plus long voyage que Livry. 11 reste une certaine timiditéaprès les grandes maladies, qui né permet pas qu’on s’éloigne du secours.

' Une bonne-maman, une gvand’mère.