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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

que nous avons vus, à lestime et à la tendresse que nous voyons. 11 est unpeu embarrassé : il mamje des pois chauds, comme dit M. de la Rochefou-cauld quand quelquun ne sait que répondre.

M. de Grignan, je vous observe, je vous vois venir ; je vous assure que sivous ne me dites rien vous-même de la santé de madame votre femme, apresles horribles fatigues de son voyage, je serai bien mal contente de vous.Cela répondroit-il en effet à ce que vous me disiez en partant? Fiez-vous àmoi, je vous réponds de tout. Je crains bien que vous nobserviez cette santéque superficiellement. Si je reçois un mot de vous, comme je l'espère, jevous ferai une grande réparation.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 20 octobre 1679.

Quoi! vous pensez mécrire de grandes lettres, sans me dire un mot devotre santé ! Je pense, ma chère enfant, que vous vous moquez de moi. Pourvous punir, je vous avertis que jai fait de ce silence tout le pis que jai pu : jaicompris quevous aviez bien plus de mal aux jambes quà lordinaire, puisquevous ne men disiez rien, et quassurément si vous vous fussiez un peu mieuxportée, vous eussiez été pressée de me le dire ; voilà comme jai raisonné. MonDieu, que jétois heureuse quand jétois en repos sur vo tre santé ! et quavois-jcàme plaindre auprès des craintes que jai présentement? Ce nest pas quà moi,qui suis frappée des objets, et qui aime passionnément votre personne, la sépa-ration ne soit un grand mal ; mais la circonstance de votre délicate santé est sisensible, quelle en efface lautre. Mandez-moi désormais létat. vous êtes,mais avec sincérité. Je vous ai mandé tout ce que je savois pour vos jambes ; sivous ne les tenez chaudement, vous ne serez jamais soulagée. Quand je penseà ces jambes nues deux ou trois heures le matin pendant que vous écrivez ! monDieu, ma chère, que cela est mauvais ! Je verrai bien si vous avez soin de moi.Je me purgerai lundi pour lamour de vous. Il est vrai que le mois passé je nepris quune pilule. Jadmire que vous layez sentie. Je vous avertis que je naiaucun besoin de me purger: cest à cause de cette eau, et pour vous ôterde peine. Je hais bien toutes ces lièvres qui sont autour de vous.

Le chevalier vous mande toutes les nouvelles ; il en sait plus que moi, quoi-quil soit un peu incommodé de son bras, et par conséquent assez souvent danssa chambre. Je fus le voir hier, et le bel abbé. Il me faut toujours quelque Gri-gnan; sans cela il me semble que je suis perdue. Vous savez comme M. de la