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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SKVICNÉ

7,M

longtemps sur ce chapitre, il passaà ce qui pouvoit, former une conversation,tl la rendit agréable comme autrefois, sans affectation pourtant dêtre gai ; etdune manière si noble, si naturelle, et si précisément mêlée et composée detout ce quil falloit pour attirer notre admiration, quil neut pas de peine à yréussir. Enfin, nous lallons revoir, ce M. de Pomponne si parfait, commenous lavons vn autrefois. Ce premier jour nous toucha; il étoit désoccupé, etcommençoit à sentir la vie et la véritable longueur des jours ; car de la manièredont les siens étoient pleins, cétoitun torrent précipité que sa vie ; il ne lasentoit pas, elle couroit rapidement, sans quil pût la retenir. Nous le disionsencore à Pomponne la dernière fois quil en est sorti secrétaire dEtat ; voussavez que ce soir- même il fut disgracié et déplacé. Je causai fort hier avecmadame de Vins: elle sentira bien plus longtemps cette douleur que M. dePomponne. Je leur rends des soins si naturellement, que je me retiens, depeur que le vrai nait*Pair dune affectation et dune fausse générosité:ils sont contents de moi. Enfin M. de Pomponne ne sera plus que le plushonnête homme du monde. Vous souvenez-vous de Voiture, qui dit en par-lant de M. le Prince :

11 navoit pas un si haut rang :

Il nétoit que prince du sang .

Voilà justement laffaire. Mais il y ades contre-coupsplaisants dans cette dis-grâce. Je disois que cela me faisoit souvenir de Soyecourt : Est-ce que je parte àtoi l ? Vous entendez fort bien tout ce que je dis et ne dis point. Entin, il enfaut revenir à la Providence, dont M. de Pomponne est adorateur et disciple :et le moyen de vivre sans cette divine doctrine? 11 faudrait se pendre vingtfois le jour; et encore avec tout cela on a bien de la peine à sen empêcher.En attendant vos lettres, ma très-chère, je nai pu me dispenser de causer unpeu avec vous sur un sujet que je suis assurée qui vous tient au cœur.

Madame de Eesdiguières 2 a écrit à la mère Angélique de Port-Royal 5 , sœurde ce ministre. Elle me montra la réponse quelle en avoit reçue ; je lai trou-vée si belle, que je lai copiée, et la voilà. Cest la première fois que jai vu unereligieuse parler et penser en religieuse. Jen ai bien vu qui étoient agitées du

1 M. de Soyecourt étant couché dans la même chambre avec trois de ses amis, ta fantaisielui prit, pendant la nuit, de parler très-haut àlun deux; un autre, impatienté, s'écrie : a Eli,morbleu ! taïs-toi, tu mempêches de dormir. Est-ce que je parle à toi ? » lui répliqua Soye-court. Madame de Sévigné trouva ce conte plaisant; elle en fait quelquefois des applicationsdans ses lettres.

- Paule-Françoise-Marguerite de Gondi, duchesse de Eesdiguières.

s La mère Angélique de Saint-Jean-Arnauld, abbesse de Notre-Dame de Port-Royal desChamps.