LETTRES RE MADAME DE SKVICN’É
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longtemps sur ce chapitre, il passaà ce qui pouvoit, former une conversation,tl la rendit agréable comme autrefois, sans affectation pourtant d’être gai ; etd’une manière si noble, si naturelle, et si précisément mêlée et composée detout ce qu’il falloit pour attirer notre admiration, qu’il n’eut pas de peine à yréussir. Enfin, nous l’allons revoir, ce M. de Pomponne si parfait, commenous l’avons vn autrefois. Ce premier jour nous toucha; il étoit désoccupé, etcommençoit à sentir la vie et la véritable longueur des jours ; car de la manièredont les siens étoient pleins, c’étoitun torrent précipité que sa vie ; il ne lasentoit pas, elle couroit rapidement, sans qu’il pût la retenir. Nous le disionsencore à Pomponne la dernière fois qu’il en est sorti secrétaire d’Etat ; voussavez que ce soir-là même il fut disgracié et déplacé. Je causai fort hier avecmadame de Vins: elle sentira bien plus longtemps cette douleur que M. dePomponne. Je leur rends des soins si naturellement, que je me retiens, depeur que le vrai n’ait*Pair d’une affectation et d’une fausse générosité:ils sont contents de moi. Enfin M. de Pomponne ne sera plus que le plushonnête homme du monde. Vous souvenez-vous de Voiture, qui dit en par-lant de M. le Prince :
11 n’avoit pas un si haut rang :
Il n’étoit que prince du sang .
Voilà justement l’affaire. Mais il y ades contre-coupsplaisants dans cette dis-grâce. Je disois que cela me faisoit souvenir de Soyecourt : Est-ce que je parte àtoi l ? Vous entendez fort bien tout ce que je dis et ne dis point. Entin, il enfaut revenir à la Providence, dont M. de Pomponne est adorateur et disciple :et le moyen de vivre sans cette divine doctrine? 11 faudrait se pendre vingtfois le jour; et encore avec tout cela on a bien de la peine à s’en empêcher.En attendant vos lettres, ma très-chère, je n’ai pu me dispenser de causer unpeu avec vous sur un sujet que je suis assurée qui vous tient au cœur.
Madame de Eesdiguières 2 a écrit à la mère Angélique de Port-Royal 5 , sœurde ce ministre. Elle me montra la réponse qu’elle en avoit reçue ; je l’ai trou-vée si belle, que je l’ai copiée, et la voilà. C’est la première fois que j’ai vu unereligieuse parler et penser en religieuse. J’en ai bien vu qui étoient agitées du
1 M. de Soyecourt étant couché dans la même chambre avec trois de ses amis, ta fantaisielui prit, pendant la nuit, de parler très-haut àl’un d’eux; un autre, impatienté, s'écrie : a Eli,morbleu ! taïs-toi, tu m’empêches de dormir. — Est-ce que je parle à toi ? » lui répliqua Soye-court. Madame de Sévigné trouva ce conte plaisant; elle en fait quelquefois des applicationsdans ses lettres.
- Paule-Françoise-Marguerite de Gondi, duchesse de Eesdiguières.
s La mère Angélique de Saint-Jean-Arnauld, abbesse de Notre-Dame de Port-Royal desChamps.