LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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étrange n’ôtc rien à la bonnne grâce ni au bon air. Pour la modestie, elle n’estpas plus grande que quand elle donnoit au monde une princesse de Conti;mais c’est assez pour une carmélite. Elle me dit mille honnêtetés, et me parlade vous si bien,si à propos, tout ce qu’elle ditétoit si assorti à sa personne, queje ne crois pas qu’il y ait rien de mieux. M. de Conti l’aime et l’honorc tendre-ment ; elle est son directeur : ce prince est dévot, et le sera comme son père.En vérité, cet habit et cette retraite sont une grande dignité pour elle.
J’ai reçu ce matin une grande lettre de madame de Villars ; je vous l’enverrois,sansqu’ellenecontient que trois points, qui ne vous apprendroient rien de nou-veau : l’estime, l’admiration et la tendresse que vous lui connoissez pour vous ;les déplaisirs et les étonnements sur la disgrâce de M. de Pomponne, dont voussortez ; les nouvelles d’Espagne, et les louanges de madame de Grancey, quevous savez. Il me paroît de plus qu’elle se renferme fort chez elle, voulantéviter tous les airs d’empressement et faire mentir les prophéties. La reineveut la voir incognito; elle se fait prier, pour se donner un nouveau prix.La reine est adorée : elle a paru pour la dernière fois chez la reine sa belle-mère habillée et parée à la françoise. Elle apprend le françois au roi, et leroi lui apprend l’espagnol : tout va bien jusqu’ici.
À LA MÊME
A Paris, mercredi il) janvier J08 ‘l).
Si j’avois un cœur de cristal, où vous pussiez voir la douleur triste et sen-sible dont j’ai été pénétrée en voyant comme vous souhaitez que ma vie soitcomposée de plus d’années que la vôtre, vous connoîtriez bien clairement avecquelle vérité et quelle ardeur je souhaite aussi que la Providence ne dérangepoint l’ordre de la nature, qui m’a fait naître votre mère, et venir en ce mondebeaucoup devant vous ; c’est la règle et la raison, ma tille, que je parte lapremière, et Dieu, pour qui nos cœurs sont ouverts, sait bien avec quelle in-stance je lui demande que cet ordre s’observe en moi. Il est impossible que lavérité et la justice de ce sentiment ne vous pénètrent pas comme j’en suis péné-trée : de là, ma fille, vous n’aurez point de peine à vous représenter quellesorte d’intérêt je prends à votre santé. Je vous conjure, par toute l’amitié quevous avez pour moi, de ne m’écrire qu’une feuille tout au plus : dites à quel-qu'un de m’écrire, et même ne dictez point, cela fatigue. Enfin, je ne puisplus trouver de plaisir à ce qui me charmoit autrefois dar.s votre absence, et