LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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et le serois encore plus si je ne croyois vos séjours de Provence finis. Ainsi -vous aurez peu d’affaires avec lui ; s’il y avoit quelque chose à démêler dans['assemblée, M. le coadjuteur vous en rendroit bon compte en l’absence deM. deGrignan.
A LA MÊME
Aux Rochers, mercredi 5 juin 1680.
Enfin j’ai le plaisir, dans notre extrême éloignement, de recevoir vos lettresle neuvième jour, en attendant d’autres consolations. J’admire souvent l’hon-nêteté de ces messieurs dont parlent si plaisamment les Essais de morale, etqui sont si honnêtes et si obligeants. Que ne font-ils point pour notre service? àquels usages ne se rabaissent-ils pas pour nous être utiles? Les uns courentdeux cents lieues pour porter nos lettres ; les autres grimpent sur les toits denos maisons, pour empêcher que nous ne soyons incommodés de la pluie ; quel-ques-uns font bien pis. Enfin, c’est un effet de la Providence; et la cupidité, quiest un mal, est le fonds d’où elle tire tant de biens. J’ai apporté ici quantité delivres choisis; je les ai rangés ce matin : on ne met pas la main sur un, telqu’il soit, qu’on n’ait envie de le lire tout entier ; toute une tablette de dévo-tion, et quelle dévotion ! bon Dieu, quel point de vue pour honorer notrereligion! l’autre est toute d’histoires admirables, l’autre de morale; l’autre depoésies et de nouvelles et de mémoires. Les romans sont méprisés, et ontgagné les petites armoires. Quand j’entre dans ce cabinet, je ne comprendspas pourquoi j’en sors : il seroit digne de vous, ma fille. La promenade enseroit digne aussi, mais notre compagnie, en vérité, fort indigne. Mon pot estétrange à écumer les dimanches 1 ; ce qu’il y a de bon, c’est que chacun vasouper à six heures, et c’est la belle heure de la promenade, où je cours pourme consoler. Mademoiselle du Plessis, en grand deuil, ne me quitte guère.Je dirois bien volontiers de sa mère, comme de ce M. de Bonneuil : Elle a laisséune pauvre fille bien ridicule; elle est impertinente aussi. Je suis honteuse del’amitié qu’elle a pour moi ; je dis quelquefois : Y auroit-il par hasard quelquesympathie entre elle et moi? Elle parle toujours, et Dieu me fait la grâce d’êtrepour elle comme vous êtes pour beaucoup d’autres : je ne l’écoute point dutout. Elle est assez brouillée dans sa famille pour les partages; cela fait un
1 A cause de la compagnie qui grossissait ces jours-là, et,à laquelle madame de Scvigno sccroyait obligée de faire les honneurs des Rochers. Elle appelait cela écumer son pot.
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