Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES DE MADAME DE SK V IGNÉ

n’avoir point do lettres de ma fille. Le bon abbé vous assure de scs services, etse porte très-bien ; pour moi, ma petite, dès que j’aurai de vos nouvelles, jeme porterai parfaitement bien ; je n’ai aucun mal que celui de n’avoir point devos lettres ; mais je le trouve bien grand : j’espère qu’en recevant ceci vousvous moquerez de moi, comme je»prends quelquefois la liberté de me moquerde vous ; il faut nous excuser à la pareille, ma chère enfant, et souffrir cettereine attachée à notre amitié,

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 14 juillet 1680.

J’ai reçu enfin, ma fille, vos deux lettres à la fois ; ne m’accoutumerai-je ja-mais à ces petites manières de peindre de la poste? et faudra-t-il que je soistoujours gourmandée par mon imagination ? La pensée du moment où je sauraile oui ou le non d’avoir ou de n’avoir pas de vos nouvelles me donne uneémotion dont je ne suis point du tout la maîtresse ; ma pauvre machine en esttout ébranlée; et puis, je me moque de moi. G’étoit la poste de Bretagne quis’étoit fourvoyée pour le paquet de du But uniquement ; car j’avois reçu toutesles lettres dont je ne me soucie point. Voilà un trop grand article : ce mêmefond me fait craindre mon ombre toutes les fois que votre amitié est cachéesous votre tempérament ; c’est la poste qui n’est pas arrivée : je me trouble,je m’inquiète, et puis j’en ris, voyant bien que j’ai eu tort. M. do Grignan, quiest l’exemple de la tranquillité, qui vous plaît, serait fort bon à suivre, si nosesprits avoient le même cours et que nous fussions jumeaux. Mais il me sembleque je me suis déjà corrigée de ces sottes vivacités : et je suis persuadée quej’avancerai encore dans ce chemin où vous me conduisez, en m’assurant,comme vous faites, que le fond de votre amitié pour moi est invariable. Je sou-haite de mettre en œuvre toutes les résolutions que j’ai prises sur mes ré-flexions; je deviendrai parfaite sur la fin de ma vie. Ce qui me console du passé,ma très-chère, c’est que vous devez me connoître un cœur trop sensible, untempérament trop vif, et une sagesse fort médiocre. Vous me jetez tant delouanges au travers de mes imperfections, que c’est bien moi qui ne sais qu’enfaire; je voudrais qu’elles fussent vraies et prises ailleurs que dans votre amitié.Enfin, ma fille, il faut se souffrir; et l’on peut quasi toujours dire, en com-paraison de l’éternité : « Vous n’avez plus guère à souffrir, » comme dit lachanson. Je suis effrayée de voir comme la vie passe : depuis lundi j’ai trouvé