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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGN’Ê

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les jours iiiliuis à cause de cette folie de lettre : je regardois uni pendule, etprenois plaisir à penser : Voilà comme on est quand on sou'.iaitc que cetteaiguille marche ; et cependant elle tourne sans qu’on la voie, et tout arrive.

J’ai reçu un dernier billet de mademoiselle de Méri, tout plein de bonneamitié ; elle me fait une pitié étrange de sïT mauvaise santé ; elle a bien vuqu’elle n’avoit pas toute la raison, c.’est assez. Je ne comprends pas que meslettres puissent divertir ce Grignan : il y trouve si souvent des chapitres d’af-faires, des réflexions tristes; que fait-il de tout cela? il est obligé de sauterpar-dessus, pour trouver un endroit qui lui plaise; cela s’appelle des landesen ce pays-ci : il y en a beaucoup dans mes lettres avant que de trouver laprairie.

On me mande qu’il y a eu quelque chose entre le roi et Monsieur ; que ma-dame la Dauphine et madame de Maintenon y sont mêlées, mais qu’on ne saitencore ce que c’est. Là-dessus je fais l’entendue dans ces bois, et je trouveplaisant que cette nouvelle me soit venue tout droit, et que je vous l’aie en-voyée : ne Lavez-vous point sue d’ailleurs? Madame de Coulanges vous écriravolontiers tout ce qu’elle saura ; mais elle ne sera pas si bien instruite. M. lePrince est du voyage; et cette jeune princesse de Conti, qui est méchantecomme un petit aspic pour son mari, demeure à Chantilly auprès de madamela duchesse 1 : cette école est excellente, et l’esprit de madame de Langerondoit avoir l’honneur de ce changement.

Tous lisez donc saint Paul et saint Augustin ; voilà les bons ouvriers pour ré-tablir la souveraine volonté de Dieu. Ils ne marchandent point à dire que Dieudispose de ses créatures, comme le potier ; il en choisit, il en rejette. Ils nesont point en peine de faire des compliments pour sauver sa justice ; car in’y a point d’autre justice que sa volonté : c’est la justice même ; c’est la règle ;et, après tout, que doit-il aux hommes? que leur appartient-il? rien du tout.Il leur fait donc justice quand il les laisse à cause du péché originel, qui est lefondement de tout, et il fait miséricorde au petit nombre de ceux qu’il sauvepar son fils. Jésus-Christ le dit lui-même : « Je connois mes brebis, je lesmènerai paître moi-même, je n’en perdrai aucune; je les connois, elles meconnoissent. Je vous ai choisis, dit-il à ses apôtres, ce n’est pas vous quim’avez choisi. » Je trouve mille passages sur ce ton, je les entend tous ; et,quand je vois le contraire, je dis : « C’est qu’ils ont voulu parler communé-ment. «C’est comme quand on dit qu cDieu s'est repenti, qu’il est en furie ; c’estqu’ils parlent aux hommes, et je me tiens à cette première et grande vérité,qui est toute divine, qui me représente Dieu comme Dieu, comme un maître,

1 Anne de Bavière.