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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

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A LA MÊME

A Rennes, samedi 10 août 1680.

Mo voici encore à dépenser, comme je vous disois l’autre jour, mon pauvreesprit en petites pièces de quatre sous. Il n’y a pas un grain d’or à tout cequ’on y dit : la raison, la conversation, la suite dans un discours, sont entière-ment bannies du tourbillon où je suis. J’aurois suivi la princesse de Tarente,qui partit hier, sans que le premier président 1 , qui est le contraire du vôtre,et à qui je devois, en bonne justice, faire une visite jusqu’à Vannes, arrive cesoir ; de sorte que je veux le voir, lui parler, et partir demain, si je puis, outoutauplus tard lundi matin. Ce sera avec une joie sensible que je retrouveraile repos et le silence de mes bois. Mais, ma chère enfant, parlons de vous. Jesuis fort aise que vous vous divertissiez, et j’approuve fort vos soupers et vosfêtes; mais ce petit déréglement s’accommode-t-il avec votre délicatesse? Mont-gobert méfait une jolie peinture du souper qu’elle a ordonné. Elle m’envoieles vers d’Apollon : je crois que cela étoit digne de Fresne. Il y a bien de l’in-vention à mettre toute cette musique à un si bon usage, et à faire sortir le charet les chevaux de l’écurie, plutôt que de les faire venir du ciel. En vérité, c’estgrand dommage que je n’aie ma part de tant de plaisirs ; vous faites bien aumoins de me les dire. Mon petit marquis m’en écrit fort joliment. Ce sont mes-demoiselles de Grignan qui ont répandu cette joie dans votre château. Vos ré-flexions sont plaisantes sur la destinée de mademoiselle de Noailles et demadame de Saint-Géran : les jugements sur les apparences sont si souventrenversés, que je m’étonne qu’on ne s’en désaccoutume point.

On nous mande qu’au sacre de M. le coadjuteur de Rouen (Vf. Colbert ), ily avoit trente-six évêques, et six qui n’étoient pas encore sacrés; il n’y enavoit guère davantage au concile de Nicée, M. et madame de Chaulnes m’ontfort priée de vous parler d’eux : je ne puis assez me louer de leur amitié;a fructibus... comme disoit M. de Montbazon. Adieu, ma très-belle, je vousaime et je vous le dis fort naturellement ; vous êtes la véritable et la sensibletendresse de mon cœur, Il me semble que je causerai mieux aux Rochersqu’ici.

Louis Phelipeaux do Poncharlrain, premier président du parlement de nonnes.