Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

469

M. Arnauld eût répliqué; mais je crois qu’on le lui a défendu : on aime mieuxlaisser sans réponse un livre qui peut faire tort à la religion, que d’en voir unqui pût justifier pleinement les jansénistes des reproches qu’on leur fait. Jevous en parlerai une autre fois. On m’avoit promis la harangue du coadjuteur :jene l’ai point eue; mon fils et bien d’autres m’ont dit qu’elle étoit admirable.

Mais parlons un peu de votre santé : n’êtes-vous point effrayée de ces jambesfroides et mortes? Est-il possible que dans le pays des bains chauds vous trou-viez le moyen de laisser périr vos pauvres jambes, que vous ne sentez que pardes douleurs? N’y a-t-il point de lavages qui puissent vous ramener les espritsà ces parties comme abandonnées? Trouve-t-on cette incommodité de peu deconséquence? Le bain ne vous y a point fait de bien, faut-il en demeurer là?Est-il possible qu’on puisse s’accommoder de gré à gré avec des maux si désa-gréables et si dangereux? Vous me dites de me purger; ah ! ma belle, il n’y aque deux jours que je pris une sotte bête de médecine, dont je commence àme remettre, car elle avoit ému une parfaite santé. Je prends de cette eau docerises, et plût à Dieu que l’on pût faire un commerce de santé : je vous don-nerais beaucoup de la mienne sans m’incommoder! Bonjour, ma très-chère,je suis tout occupée de vous, de votre amitié, de votre santé, et du plaisir quej’aurai de vous embrasser bientôt. S’il n’y a qu’un moment qu’Adam a pé-ché, il n’y a qu’un jour jusqu’à celui que je vous embrasserai de tout moncœur. Je suis trop heureuse de l’espérer, et je ne veux point gâter cette joiepar des noirceurs et des prévoyances ingrates envers Dieu.

A LA MEME

Aux Rochers, mercredi 25 septembre 1680.

Vous ne songez, ma chère fille, qu’à m’ôter mes craintes sur l’état de votresanté;je crois même que vous vous cachez à Montgobert. Je reçois tous cesménagements comme des marques de votre amitié ; mais la mienne n’en estguère moins agitée; et ce qui augmente l’empressement que j’ai de vous voir,c’estpour ne point penser en aveugle sur des vérités qui me sont si sensibles.Mettez-vous à ma place, et vous trouverez que tous mes sentiments sont biennaturels. On me mande que le chevalier se porte quasi bien ; je crois que sonvoyage ne sera guère retardé. Parlons du vôtre : tâchez de ne point vousmettre dans le mauvais temps, et faites provision de forces pour un si longtrajet. 11 me semble que vous ne vous trouvez point trop mal des voyages que