Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTKGS DE MADAME DE SÉVIGSÉ

471

droite et si bien plantée, quelle tous surprendrait. Il est temps cependantque je prenne dautres pensées. Quand je songe quau bout de mon voyage jevous retrouverai, cela me paroît si heureux, que jai peur quil narrivequelque dérangement. La fièvre du chevalier na-t-elle pas été la plus déso-bligeante du monde? Jai senti le chagrin que vous en auriez. Il mécrit quilsera bientôt en état de partir, et quil a été guéri, et M. dÉvreux aussi, parnotre Anglois : son remède a fait des merveilles cette année : M. de Lesdi-guières en a été guéri comme par miracle, et mille autres. Je mande au che-valier que je me réjouis dautant plus de sa santé, que je trouve ce voyage néces-sairepourlui. Je suis persuadée que tout se rangera, aussi bien que vos com-pagnies de Grignan, qui me paroissent comme dans ce tour de jetons londonne à un roi neuf gardes de chaque côté; on fait sortir quatre gardes, il eu atoujours neuf; on en fait entrer quatre, il en a toujours neuf. Vous voilà jus-tement ; tout est plein quand vous nêtes que vous, tout est logé quand il y en atrois fois autant. Dieu conserve chez vous, ma chère enfant, cette grâce demultiplication si nécessaire aux dépenses excessives et aux revenus bornés.

Je suis étonnée que vous ne sachiez encore rien de M. de Vendôme, ni dunintendant; cela viendra tout dun coup. Ce que je vous mandois de cet échangede la charge de votre frère étoit une pensée de madame de la Fayette, lorsquenous songions à nous tirer daffaire par M. de Louvois, car il est certain quecest toujours par quelque changement que lon entre en propos avec ce mi-nistre; mais cest lextrémité que den venir : il faut essayer premiè ementde se défaire de la charge, et consulter nos amis.

Jespère que nous arriverons tous à Paris, nous parlerons de touteschoses. Mettez-vous seulement en état de marcher sans incommodité : voilàce que vous devez faire avec plus de soin, quà lordinaire. Je ne sais quandon dansera ce ballet 1 ; vraiment, ce sera une belle pièce. Vous croyez bienque pour moi, je dirai : « Ce nest pas un ballet comme celui dansoit mafille : il y avoit telle et telle, elle y faisoit un petit pas admirable sur le borddu théâtre ; » et-dessus je conterai tout le ballet. Mais vous-même, ma belle,je crois que, sans radoterie, vous pourrez dire quil ne fait point souvenirdu vôtre, et quil y avoit quatre personnes avec feu Madame que des sièclesentiers auront peine à remplacer, et pour la beauté, et pour la belle jeunesse,et pour la danse.Àh! quelles bergères et quelles amazones! Il me semble quetout le monde sexcuse de ce ballet : la duchesse de Sully soutiendra lhon-neur de la danse, mais non de la cadence. Il y a eu bien des affaires dans safamille; madame de Verneuil parloit du baptistaire, M. de Sully des affaires

Le ballet du Triomphe de T Amour, deQuinault.