LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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fait qu’on se soumet plus doucement à sa mauvaise fortune. La vie est courte,c’est bientôt fait ; le fleuve qui nous entraîne est si rapide, qu’à peine pouvons-nous y paroître. Voilà des moralités de la semaine sainte, et toutes conformesau chagrin que j’ai toujours quand je vois que, hors vous, tout le mondes’élève ; car, au travers de toutes mes maximes, je conserve toujours beaucoupde foiblesse humaine.
Adieu, mon cher cousin, adieu, mon aimable nièce ; aimez-moi toujours, etme mandez de vos nouvelles.
AU MÊME
A Paris, ce 28 avril 1681.
Vous avez reçu une de mes lettres, mon cousin, dans le temps que j’ai reçula vôtre : cela arrive souvent. Je ne réponds rien à vos reproches, ils sontjustes; vous avez raison de croire que mes mains sont malades, puisque je nevous écris point. Vous en seriez encore plus étonné si vous saviez que je pensetrès-souvent à vous et que j’ai plus d’amitié pour vous et pour l’aimable veuveque vous n’en avez peut-être pour moi. Nous examinerons ces vérités et cescontrariétés quand vous dînerez ici avec Corbinelli. De la façon dont vous meparlez de votre voyage, à peine recevrez-vous cette lettre en Bourgogne, et jedevrois déjà donner les ordres pour votre repas.
A tout hasard, je veux vous dire encore la joie que j’aurai de vous voir tousdeux, et de vous conter que l’autre jour je soupai avec le maréchal d'Estréeschez la marquise d’Uxelles. Je lui dis ce que vous me mandez de lui et de sanouvelle dignité, et je n’oubliai pas : « C’est un maréchal de France , celui-là. » Je trouvai que cette louange d’un homme tel que vous lui faisoit un plaisirsensible ; son amour-propre me pria de vous remercier, d’une manière à mepersuader qu’il avoit beaucoup d’estime pour vous, et qu’il étoit fort aise decelle cjue vous avez pour lui. Je m’acquitte avec plaisir de ce compliment, quin’est point un compliment. Je suis conciliante; j’ai à rapprocher les bonnesdispositions que le temps et l’absence effacent quelquefois à tel point qu’onne se connoît plus.