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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

LE COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Dijon, ce 6 mai 1681.

Je ne "vous passe point le peut-être de mon amitié au-dessous de la vôtre, etje crois vous traiter favorablement quand je vous dis que vous m’aimez autantque je vous aime. Mais je consens que nous remettions cette supputation aupremier diner que vous me donnerez avec notre ami Corbinelli. Je ne penseplus aller si vite à Paris que j’avois cru ; ainsi vous aurez bien du loisir à vouspréparer à ce repas que vous nous voulez donner.

Si je n'avois fait autre chose que de vous mander ce que je vous ai écrit dumaréchal d’Estrées, il auroit fait tout ce qu’il auroit dû en vous priant, ma-dame, de me faire le compliment que vous m’avez fait de sa part; mais je luiécrivis d’abord, comme à mon ami, une fort honnête lettre et fort honorablepour lui, et mon fils, qui la lui rendit, me vient de mander qu’il lui avoit ditl’autre jour, à Versailles, qu’il vous avoit priée de me remercier de la partque je prenois à son élévation.

Comme je ne suis pas de ces gens qui disent : « Chouet est un fort honnêtegarçon , » parce que Chouet m’auroit traité d’altesse, aussi ne dirois-je pasaprès cela que Chouet seroit un coquin, quand il ne m’auroit pas rendu cequ’il me doit. Par la même raison, je crois toujours que le comte d’Estrées estun digne maréchal de France, mais qu’il ne sait pas vivre, quand il ne faitpoint de réponse à un tendre et à un honnête compliment que je lui ai fait.La tête lui a-t-elle tourné comme elle fit à Créqui? Il seroit moins excusableque lui, car il étoit mon ami particulier, et Créqui ne l’étoit pas. À-t-il oubliéqu’en 1674, lui faisant un compliment sur le combat qu'il donna avec les An-glois contre les Hollandois, et qu’il gagna, et lui disant que je ne doutois pasque le roi ne lui rendît justice en le faisant maréchal, il me répondit qu’il ne leméritoit pas, mais qu’enfin, s’il recevoit cet honneur, il y avoit dix ans qu’iln’eût pas cru passer devant moi à cette dignité. Il y a plus de trois mois que leroi a lu ces lettres, et il pourrait bien être que j’aurais fait souvenir Sa Majestéde lui; mais, en un mot, il a grand tort d’en user ainsi avec moi, et je crois quel’éclat de ses honneurs ne vous éblouira pas au point de ne vous laisser pasjuger que j’ai raison de me plaindre de lui en cette rencontre.