LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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MAI)AMU DE SÉVIGNÉ Aü COMTE DE 11ÜSSY
A Paris, ce 26 mai 1681.
Je blâme le maréchal d’Estrées; mais c’est leur fantaisie de vouloir qu’onles traite de monseigneur, et ce doit être aussi la vôtre, soutenue de la raison,de ne le point faire. Si vous eussiez pu prévoir cela, il eût fallu éviter de luiécrire, comme bien des gens le font présentement, car de cette manière onn’offense point sa gloire ou celle de son ami. Le maréchal d’HumièTesfit mieuxavec M. de Grignan : celui-ci l’ayant appelé monsieur, il lui fit réponse en badi-nant qu’il avoit tort de ne le point appeler monseigneur, et que, malgré l’im-primé de M. deMontausier pour faire voir que les lieutenants généraux dansles provinces ne dévoient pas écrire monseigneur aux maréchaux de France, ilétoit persuadé qu’ils le dévoient, et qu’à Paris ils videroient ce différend. Eneffet, ils en disputent toujours, mais sans aigreur, comme de bons et anciensamis, et ils s’écrivent toujours en badinant sur cela; encore est-ce quelquechose de mieux que de demeurer tout silencieux et tout froid dans les pre-miers jours qu’on entre dans cette-dignité.
Si je trouve le maréchal d’Estrées, je lui en dirai mon sentiment, et, si jedécouvre que votre disgrâce ait quelque part à ce procédé, je lui en ferai quel-que honte. Il faut qu’il récompense cet endroit par mille bons offices qu’il doitrendre à monsieur votre fils dans les occasions. Nous traiterons ce chapitre-làà ce dîner que je vous prépare, avec notre ami Corbinelli, qui ne partira passitôt.
LE COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ
À Dijon, ce 15 juin 1G81.
Je vous demande pardon, madame, si je ne vous ai pas fait réponse plus tôtà la lettre par laquelle vous me mandiez que c’étoit la fantaisie de ces maré-chaux qu’on les appelât monseigneur, et qu’on feroit mieux de ne leur pasécrire. Premièrement, je vous dirai que je croyois que MM. de Créqui et d’Es-trées avoient plus de raison qu’ils n’en ont ; je pensois que les honnêtetés qu’ilsavoient faites à mon beau-frère de Toulongeon et à mon fils venoient des égardsqu’ils avoient pour moi; et cela m’engagea de les en remercier.
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