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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNË

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lire. Je vous demande un compliment à M. de Cœuvres et à madame deMouci. Vous devriez écrire joliment à M. de Lamoignon de votre part et de lamienne, sur la douleur qu’il a eue de voir mourir son ami entre ses bras.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 1”' octobre 1684

Quoique ma lettre soit datée du dimanche, je l’écris aujourd’hui samedi ausoir ; il n’est que dix heures, tout est retiré ; c’est une heure où je suis à vousd’une manière plus particulière qu’au milieu de ce qui est ordinairement dansma chambre. Ce n’est pas que je sois contrainte; je sais me débarrasser, jeme promène seule; et, quoi que vous disiez, ma très-chère, je serais bien op-pressée si je n’avois pas cette liberté. J’ai besoin dépenser à vous avec atten-tion, comme j’avois besoin de vous voir.

Vous me quittâtes dans un état où toutes mes pensées étoient autant depointes aiguës; je ne savois comment faire pour m’en garantir, car on estextrêmement exposé aux coups quand on se fait des blessures de toutes sespensées. Mais revenons, ma fille : je vous écris donc en paix et en repos; et,quoique je sois avec vous, je sens toujours fort tristement notre séparation :c’est aujourd’hui le huitième jour que je suis ici : me voilà bien avancée.L’abbé Charrier est la seule personne avec qui je puisse parler de vous : ilm’entend, je lui dis combien je vous aime ; rien ne peut tenir sa place quandil sera parti. Il entre dans mes sentiments, il est surpris des vôtres, et que lesdistractions de Versailles et deParis ne vous aient point encore consolée. Vousme regrettez comme on fait la santé', mais je ne suis pas de votre avis : vousavez mieux senti mes cinq ou six visites par jour, et la douceur de notre so-ciété, que l’on ne sent le plaisir de se bien porter; vous ne jugez pas équita-blement de votre amitié.

Pour moi, ma très-chère, je n’ai rien sur mon cœur; il n’y a moment queje n’aie été sensible au plaisir d’être avec vous : tous mes retours de messe,tous mes retours de ville, tous mes retours de chez le bïenbon , tout cela m’adonné de la joie; enfin, je vous le dis dans la sincérité de mon cœur, j’aicoupé dans le vif, et le temps que j’ai passé heureusement avec vous n’avoitrien diminué de là vivacité de mes sentiments; cela est vrai. N’admirez-vouspoint où mon cœur me jette et m’égare? Je suis toute seule, je suis tout atten-drie; cette disposition ne se rapportera point avec celle que vous aurez en re-

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