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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

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cuvant nia lettre; mais il n'importe, ma chère comtesse, il faut que vous ayezcette complaisance pour moi. Est-il possible que j’aie pu tant écrire sansavoir encore dit un mot de mademoiselle de Grignan? Je suis plus lâchée decette luite 1 que je n’en suis surprise : elle nous portoit tous sur ses épaules,tous nos discours hiidéplaisoient, elle a bien secoué le joug du P. Moret 2 * ; maisn’en pas dire un mot au coadjuteur, cela est étrange ; a-t-elle emmené Cocule ?Qu’est devenu Champagne? Qui est-ce qui l’a menée.

Je crains bien que notre mariage ne se rompe par les raisons d’intérêt quevous me dites ; ce ne sera jamais de mon consentement ; et, si l’on veut donnerà ronger l’espérance d’un duc qui ne viendra point, mademoiselle d’Alerac abien l’air d’en être la victime et la dupe : je souhaite la santé dn coadjuteurpar plusieurs raisons ; celle-là est la seconde. Où sont ces petits oiseaux qui s’enctoient envolés au Pui? Vous me direz la suite. Que je vous plains, ma lille,d’avoir à rebâtir votre château ! quelle dépense hors de saison ! 11 vous arrivedes sortes de malheurs qui ne sont faits que pour vous; je les sens peut-êtreplus encore que vous ne les sentez. Si la Providence vouloit vous récompenser,cela seroit aisé en donnant une bonne volonté à celui à qui vous avez demandédu secours. Vous m’affligez de me dire que le grand maître (le duc du Lude)a une côte rompue ; enfin, sa chasse s’est tournée contre lui, comme la messede cette pauvre marquise de Cœuvres s’est tournée contre elle. Il y a dix en-droits dans votre lettre qu’il faudrait envoyer à Fontevrauld, s’ils étoient mêlésavec des louanges de l’abbé Têtu.

Vraiment, c’est une folie que le bien que vous dites de mes lettres : je vousle dis sincèrement, je ne comprends point quelle est votre pensée. Il est vraique dans le bateau, ne pouvant lire de plus longues pièces, je me jetai sur cetteoraison (funèbre) ; je la trouvai convenable, et je crus qu’on ne pouvoit mieuxdire de madame de Richelieu 5 ; car ce n’étoit pas de M. de Turenne dont ilétoit question. J’en écrivis un mot à madame de la Fayette ; et l’amour-proprede l’abbé Têtu, qui ne néglige pas les petits profits, en tourne une affaire 4jusqu’à Fontevrauld. Vraiment, vous n’avez qu’à me répondre pour me fairetaire : je n’en serai point étonnée, si c’étoità votre esprit que je voulusse par-ler : mais c’est à votre cœur, qui me répond encore mieux. Vous finissez parune douceur peu commune et trop aimable : je suis pour vous comme la santé,c’est-à-dir e le plaisir des autres plaisirs. Venez me parler de mes fagots auprès

1 Mademoiselle de Grignan était allée à Gif, dans une abbaye de bénédictine», suns avoir

communiqué son dessein à personne.

- Célèbre directeur de l'Oratoire.

4 Morte le 20 mai Iti84.

4 Expression favorite de M. de la Garde.