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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ
l’on a peine à l’apaiser. Quelquefois je trouve une longueur inthiie d’un ordi-naire à l’autre, et je ne reçois vos lettres qu’en tremblant; tout cela est fortincommode, il faut en demeurer d’accord, et je vous prie, ma chère bonne,d’avoir donc une attention particulière pour vous, pour l’amour de moi : jevous promets la même chose.
Il y a quinze jours que nous ne songeons pas qu'il y ait ici des allées et despromenades, tant le temps est effroyable. Je ne suis plus en humeur de mepromener tous les jours ; j’ai renoncé à cette gageure, et je demeure fort biendans ma chambre à travaillera la chaise de mon petit Coulanges. Ne vous re-présentez donc point votre bonne avec sa casaque et son bonnet de paille,mouillée jusqu’au fond; point du tout, je suis comme une demoiselle au coinde mon feu. Je n’y avois point appris le mariage de mademoiselle Courtin 1 ,et j’ai prié Corbinelli, qui ne m’écrit plus, de me demander s’il est vrai que lefils du président Nicolaï épouse cette grande héritière, mademoiselle de Ro-sambault, qui est à Rennes.
Je ne sais rien ; je ne m’en soucie guère. Je reçois des souvenirs très-aima-bles de M. de Lamoignon. Il me regrette, et il me mande qu’il est au déses-poir de ne m’avoir point montré sa harangue, comme l’année passée. Je luiécris que je le prie de vous la montrer, et que par un côté vous en ôtes plusdigne que moi : suivez cela, c’est un plaisir que vous lui ferez. Hélas ! mon en-fant, que n’ouvnez-vous notre lettre à M. de Grignan? Mon tfls l’a commencéetout de suite après vous avoir écrit; je vins ensuite, en fort bonne santé ; nouslui disions beaucoup d’amitiés, et nous lui en parlions encore davantage.
Je suis ravie que vous aimiez mou portrait; mettez-le donc en son jour, etregardez quelquefois une mère qui vous adore , c’est-à-dire qui vous aime in-finiment et au-dessus de toutes les paroles. Je plains le chevalier et l’em-brasse ; je lui recommande sa santé et la vôtre. Les tableaux du bien bon nesont pas toujours à leur place ; ils parent la chambre. Il vous mande que,s’il y a de la fumée, vous ouvriez de deux doigts seulement la fenêtre près dela porte, comme il faisoit; sans cela, vous serez incommodés.
Bonjour, mon marquis; belle d’Alerac, recevez toutes nos amitiés. Ma-dame de Marbeuf est arrivée, elle est tout à fait bonne femme ; mais, mabonne, ne croyez pas que je ne rn’en passasse fort bien. La liberté m’est plusagréable que cette sorte de compagnie: je la mettrai à mon point; il fautavoir des heures à soi. Elle vous fait mille et mille compliments; en voilàbeaucoup : répondez-y en deux lignes dans ma lettre.
1 Mademoiselle Cotirliu épousa un llreloiî, fils de M. de la Nilrcc.