LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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A LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 26 novembre 1084.
Tant pis pour vous, ma fille, si vous ne relisez pas vos lettres ; c’est un plai-sir que votre paresse vous ôte, et ce n’est pas le moindre mal qu’elle puissevous faire ; pour moi, je les lis et les relis, j’en fais toute ma joie, toute matristesse, toute mon occupation ; enfin vous êtes le centre de tout et la causede tout. Je commence par vous. Est-il possible qu’en parlant au roi vous ayezété une personne toute hors de vous, ne voyant plus, comme vous dites, quela majesté, et abandonnée de toutes vos pensées? Je ne puis croire quema fille bien-aimée, et toujours toute pleine d’esprit, et même de présenced’esprit; se soit trouvée dans cet état. Il est question enfin d’obtenir : jevous avoue que par ce que vous a dit Sa Majesté qu’elle vouloit faire quel-que chose pour M. de Grignan, je n’ai point entendu qu’elle voulût avoirégard à l’excessive dépense que M. de Grignan a faite en dernier lieu ; maiscette réponse du roi m’a paru comme s’il vous avoit dit : Madame, cettegratification que vous demandez est peu de chose; je veux faire quelque chosede plus pour Grignan 1 . Et j’ai entendu cela tout droit, comme une manièred’assurance de votre survivance, qu’il sait bien qui est une affaire capitale pourvotre maison. Je n’ai donc plus pensé au petit présent, et je vous ai mandéce que vous aurez vu dans ma dernière lettre. C’est à vous, ma très-chère, àme redresser, et je vous en prie, car je n’aime point à penser de travers survotre sujet.
Madame de la Fayette m’a mandé que vous étiez belle comme un angè àVersailles, que vous avez parlé au roi, et qu’on croit que vous demandez unepension pour votre mari. Je lui répondrai négligemment que je crois que c’estpour supplier Sa Majesté de considérer les dépenses infinies que M. de Grignana été obligé de faire sur cette côte de Provence, et voilà tout.
Notre bien bon est enrhumé de ces gros rhumes que vous connoissez ; il estdans sa petite alcôve : nous le conservons mieux qu’à Paris. Pour ma belle-fille, elle a fait tous les remèdes chauds et violents des capucins, sans en êtreseulement émue. Quandil fait beau, commeil a faitdepuis trois jours, je sors àdeux heures, et je vais me promener quantova; je ne m’arrête point, je passe
' En effet, M. do Grignan reçut une gratification de douze mille francs, et la même sommelui fut accordée en 1687.