Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LE T TU ES I)E MADAME DE SÉ VIGNE

M')G

el repasse devant des ouvriers qui coupent du bois et représentent au naturelces tableaux de l’hiver. Je ne m’amuse point à les contempler ; et, quand j’aipris toute la beauté du soleil en marchant toujours, je rentre dans ma cham-bre, et je laisse l’entre chien et loup pour les personnes qui sont grossières ;car pour moi, qui suis devenue une demoiselle pour vous plaire, voilà commej’en use et en userai, et souvent même je ne sortirai point. La chaise de Cou-langes, des livres que mon fils lit en perfection, et quelques conversations, fe-ront tout le partage de mon hiver et le sujet de votre attention, c’est-à-dire devotre satisfaction : car je suis vos ordonnances en tout et partout. Mon fils en-tend raison sur le mercredi 1 . En vérité, nous serions bien tristes sans lui, etlui sans nous ; mais il fait si bien, qu’il y a quasi toujours un jeu d’hombredans ma chambre; et, quand il n’a plus de voisins, il revientà la lecture etaux discours sur la lecture : vous savez ce que c’est aux Rochers. Nous avonslu des livres in-folio en douze jours : celui de M. Nicole nous a occupés ; laVie des Pères du désert, la Réformation d’Angleterre ; enfin, quand on estassez heureux pour aimer cet amusement, on n’en manque jamais.

A LA MÊME

Aux Rochers, mercredi 29 novembre 1084.

Je vous vois, je vous plains, vous avez envie de m’écrire, vous avez bien deschoses à me dire ; mais madame de Lavardin, qui ne s’en soucie point du tout,dîne à dix heures pour ne point vous manquer ; puis madame de Lamoignon,puis M. de Lamoignon : oh! pour celui-là, il devoit vous faire oublier votreécriture et votre écriloire. Enfin voilà l’heure qui presse : Tout est perdu si jeu écris point à ma mère! Et vous avez raison, monenfant,il faut que nécessaire-ment j’en reçoive peu ou prou, comme on dit ; il faut que je voie pied ou ailedansma chère fille, et nul ordinaire ne se peut passer sans qu’elle me donne cetteconsolation : c’est ma vie, c’est manger, c’est respirer. Mais ce qu’il faut faire,quand vous êtes attrapée comme samedi, c’est ce que vous avez dit : écrivezdeux pages, et, sans finir, envoyez-les-moi, et achevez le reste à loisir. J’en-tendrai fort bien cette manière de précipitation, et je vous prie même, matrès-chère, de ne point vous suffoquer de faire réponse à mes lettres infinies.Songez que je cause, et que je ne suis point du tout accablée de visites ; j’aitout le temps qu’il mefaut, et au delà, et c’est par pitié de vous que je les finis,

1 Le mercredi était un des jours de poste.