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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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lettres de madame de sévigné

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car-, si j’en avois autant de moi, je ne les finirois point. Laissez-moi donc discou-rir tant que je voudrai, et ne vous amusez point à parcourir les articles ; par-lez-moi de vous, de vos affaires, de ce que vous dites à ceux que vous aimez.Tout est sûr, rien ne se voit, rien ne retourne ; et c’est justement cela qui metouche et qui fait ma curiosité et mon attention. Vous avez à me redresser surVersailles ; ne souffrez point que je sois de travers sur votre sujet. Madame dela Fayette vous en parle-t-elle? Dites-moi aussi ce qu’est devenue cette Gua ■diana; il me semble qu’elle est longtemps sans reparoître. Vous me faites ungrand plaisir d’avoir chassé la princesse Olympie 1 de l’hôtel Carnavalet: jen’aime point cette personne. J’aime bien mieux une bonne petite prestance,qui est toute propre à représenter la duchesse de Grignan : c’est ainsi que Cou-langes vous nomme dans ses lettres, tout sérieusement, sans hésiter, ni sansdire quelle mouche l’a piqué. J’en ai ri, et je voudrais que cette folie vous por-tât bonheur. Il est enragé après cette pauvre Cuverdcin %• c’est une furie, etc’est une injustice dont il rendra compte à Dieu, car cette pauvre famille ditmille biens de lui ; et, tout bien compté, tout rabattu, il n’y a personne en Bre-tagne qui ait un si bon cœur et de si nobles sentiments. Le voilà qui rit et semoque de moi ; je n’en suis point la dupe, point du tout ; je ne suis point aveu-glée, point du tout ; mais je trouve que chacun a ses défauts, et que celuiqu’elle a n’est qu’une incommodité en comparaison de ceux qui ont les partiesnobles attaquées. Cependant je suis une friponne, etje pâme de rire des folieset des visions de Coulanges ; mais je n’y réponds point, parce que je craindraisqu’un crapaud ne me vînt sauter sur le visage, pour me punir de mon ingrati-tude. Je n’ai jamais vu des soins et des amitiés comme ceux de M. et demadame de Coulanges pour moi ; c’est le parfait ménage à mon égard ;leurs lettres sont agréables d’une manière fort différente.

Je fus hier dîner chez la princesse ; j’y laissai la bonneMarbeuf. Voici commevotre mère étoit habillée : une bonne robe de chambre bien chaude, que vousavez refusée, quoique fort jolie, et cette jupe violette, or et argent, que j’appe-lois sottement un jupon, avec une belle coiffure de toutes cornettes de cham-bre négligées. J’étois en vérité fort bien. Je trouvai la princesse tout commemoi; cela me rassura sur l’oripeau. Dites-moi un mot de vos habits; car ilfaut fixer ses pensées et donner des images. Nous causâmes fort des nou-velles présentes. La princesse de Bade vient par Angers, dont elle est ravie.Elle a un cuisinier admirable, mais elle est bien aise de ne le pas mettreen œuvre dans de grandes occasions.

' Voyez la slancc xxiv du X' chant de E Orlando furiosc,3 Madame de Marbeuf.