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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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noce de mademoiselle d’Alerae.à Livry, dans cette même chambre; c’estune fête qui doit encore honorer cette forêt; je serai ravie d’en être.

Pourquoi, ma belle, avez-vous été si peu à Versailles? C’est bien de la peinepour un moment. Je vois que vous êtes toujours contente de madame d’Arpa-jon ; si nous avions choisi une dame d’honneur, il me semble que nous n’aurionspas pu en souhaiter une autre. J’aime vos Grignans de se déranger un peu pourmoi : je suis leur bonne , comme à vous. Mon fils est revenu des états avecM. de laTrémouille, qui est reçu à Vitré comme le plus étranger des princesd’Allemagne. Je crois que les Rochers iront dîner à Vitré, et que Vitré viendrasouper aux Rochers. M. de Chaulnes pourra bientôt vous conter autant dechoses que mon fils nous en conte ici ; je doute que vous puissiez y avoirautant d’attention : mais, en gros, M. de Chaulnes a eu des chagrins qui ontété enfin réparés et raccommodés. M. d’Harouïs a sujet d’être content desétats et de tous ses amis : en voilà assez pour vous mettre l’esprit en repos.

Je ne sais qui pourra vous apprendre des nouvelles de Paris, quandje neserai plus ici ; je vous en dirais beaucoup aujourd’hui, si je vous mandois toutce que je sais : j’aime mieux remettre à Râville. Je suis étonnée que notre petitCoulanges ne soit point alarmé de la colère de madame de Louvois. Il prétendque ce ne sera pas une affaire de se justifier, et ne veut point écrire, il veutparler; mais cependant on se confirme dans tout ce qu’on croit; on seplaint, on dit des choses fâcheuses et dures, et l’on s’accoutume à ne plusnous regarder que comme des ennemis. N’admirez-vous point qu’il y aitdes gens assez méchants pour accabler ce pauvre petit homme de millechoses à quoi peut-être il n’a jamais pensé? Obtenez au moins qu’on l’é-coute, et qu’on suive la règle de ne pas le condamner sans l’entendre.

Il est à Chaulnes, d’où il vous écrira. Je ne parle plus de ma jambe, parceque je n’ai plus rien à dire, et que je jouis du plaisir d’être guérie, et deme promener soir et matin. Cependant je vous embrasse de tout mon cœur,et je vais rêver à tout ce qui peut flatter le plus doucement mes espérances.Je sens que je commence à négliger d’écrire ; j’aspire à quelque chose demeilleur, quoiqu’en vérité votre commerce, après vous, soit la plus agréablechose du monde.

Je voudrois bien que ce que je vous ai mandé de M. de la Trousse ne re-tournât point à sa source, ni dans notre quartier ; vous voyez bien que j’ai rai-son, et que cela n’est bon que pour vous. Nous fûmes hier chez la princesse deTarante, nous vîmes son fils; ah! qu’il a une belle taille, et qu’il est laid! iln’est pas le premier qui soit ainsi l . Mon fils vous fait mille amitiés ; il est guéri

1 Madame de Sévigné veut désigner sans doute par là M. de Grignan, qui était bien fait sansêtre beau.