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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
de sa petite fièvre, comme moi, par la tisane. Adieu, ma très-aimable, jevous baise des deux côtés; n’êtes-vous pas toujours belle et grasse? j’espèrele savoir dans peu, si Dieu me frète vie.
N. B. Jusqu’au 20 septembre 1687 on no trouve plus de lettre de madame de Sévigné à safille, l’une et l’autre ayant passé ensemble ce temps à Paris.
AU COMTE DE BUSSY
A Paris, ce 25 février 1686.
11 faut que je vous fasse une petite amitié, mon cher cousin, que je n’irai paschercher bien loin, en ayant la source dans mon sang. Après cet avant-propos,je vous dirai, sur la conversation que j’ai eue avec le P. Rapin, touchant vosaffaires de la cour, qu’il me semble que monsieur votre fils doit tâcher defaire, par ses sollicitations, ce que vous demandez au P. Rapin, que cedernier feroit auprès du P. de la Chaise fort lentement et peut-être fort inu-tilement. Il faut que monsieur votre fils fasse des amis, qu’il soit honnête,poli, obligeant, et civil sans bassesse, mais avec l’air d’un homme malheureux,qui a besoin du secours des amis et des ennemis même de son père. Il y a unecertaine conduite en l’état où il est, qui seroit admirable, mais qu’on ne sau-roit inspirer. Il est trop rude, trop violent et trop avantageux en paroles. Celam’est venu de traverse : je vous le dis avec amitié. Sij’étoisde ce pays-là (lacour), je serois sa gouvernante ; mais j’y ai renoncé de bon cœur. Peut-être qu’ilest fort bien, car il faut toujours douter de ce qu’on ne sait point par soi-même. Ce que je sais, mon cher cousin, c’est l’intérêt que je prends à vouset à vos chers enfants. Je mets ma nièce de Coligny à la tête, et je l’embrassetendrement et rabutinement. Ma fille vous fait mille compliments à tous deux.
LE COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ
A Autun ce 5 mars 1680.
Je ne doute pas, madame, que vous n’ayez fort parlé au bon P. Rapin mieuxquejc n’aurois fait moi-même ; car, quoiqu’il soit mon bon ami, je suis assuré