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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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que ce que vous lui avez dit la encore animé davantage à semployer pourmoi auprès du P. la Chaise. Cependant, si Dieu ny met la main, tout cela serainutile. Quand je dis si Dieu ny met la main, je neveux pas dire seulementsil laisse agir les causes secondes, jentends que sil ne touche le cœur duroi, lamitié du surintendant', lamitié et lalliance du chancelier, tout celasera infructueux. Je sais bien quil ne faut pas attendre les bras croisés lessecours de la Providence ; aussi maidé-je autant quon le peut faire, et monfils emploie mes placets, mes lettres et ses sollicitations pour des demandeslégitimes. De vous dire maintenant si lambassadeur ne gâte point par sesmanières la justice de mes demandes, je nen voudrais pas jurer, car jesais quil est rude, hautain, il nest pas question de lêtre, enfin pétri dela férocité de Rouville et de la chaleur de Rabutin. De remède à cela je nensache point quune grande adversité, un grand âge ou la mort, car les avisne font rien contre limpétuosité du tempérament.

Je vous rends mille grâces, ma chère cousine, delà part que vous prenezà ma famille, et surtout de votre tendresse pour la pauvre Coligny; elle sentcela comme elle le doit, et tous deux nous vous aimons, vous et madame deGrignan, plus que tous nos parents ensemble.

MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY

A Paris, es 14 mai 1686.

11 est vrai que jeusse été ravie de me faire tirer trois palettes de sang du brasde ma nièce de Monta taire ; elle me loffrit de fortbonne grâce, etje suis assuréeque, pourvu quune Marie Rabutin eût été saignée, jen eusse reçu un no-table soulagement. Mais la folie des médecins les fit opiniâtrer à vouloir quecelle qui avoit un rhumatisme sur le bras gauche fût saignée du bras droit ; desorte que, Payant in terrogée sur sa santé, et sa réponse et la mienne ayant dé-couvert la personne convaincue dune fluxion assez violente, il fallut que jepayasse en personne le tribut démon infirmité, et davoir été la marraine decette jolie créature. Ainsi, mon cousin, je ne pus recevoir aucun soulagementde sa bonne volonté. Pour moi, qui métois sentie autrefois affaiblie, sans savoirpourquoi, dune saignée quon vousavoitfaite le matin, je suis encore persuadée

1 Claude le Pelletier succéda à Colbert dans la place de contrôleur des finances. Despréaux,étant venu le complimenter, lui dit : « Monseigneur, je nenvie de voire nouvelle dignité queloccasion que vous allez avoir de faire plaisir à bien des gens. »