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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

AU MÊME

A Paris, ce 13 novembre 1687.

Je reçois présentement une lettre de vous, mon cher cousin, la plus aimableet la plus tendre qui fut jamais. Je n’ai jamais vu expliquer l’amitié si natu-rellement, et d’une manière si propre à persuader. Enfin, vous m’avez per-suadée; et je crois que ma vie est nécessaire à la conservation de la vôtre. Jem’en vais donc vous en rendre compte, pour vous rassurer et vous faire con-noitre l’état où je suis.

Je reprends dès les derniers jours de la vie de mon cher oncle l’abbé, à qui,comme vous savez, j’avois des obligations inlinies. Je lui devois la douceur et lerepos de ma vie; c’est lui à qui vous devez la joie que j’apportois dans votresociété; sans lui, nous n’aurions jamais ri ensemble;'vous lui devez toute magaieté, ma belle humeur, ma vivacité, le don que j’avoisde vous bien entendre,l’intelligence qui me faisoit comprendre ce que vous aviez dit et deviner ce quevous alliez dire ; en un mot, le bon abbé, en me retirant des abîmes où M. deSévigné m’avoit laissée, m’a rendue telle que j’étois, telle que vous m’avez vue,et digne de votre estime et de votre amitié. Je tire le rideau sur vos torts; ilssont grands, mais' il les faut oublier, et vous dire que j’ai vivement senti laperte de cette agréable source de tout le repos de ma vie. Il est mort en septjours, d’une fièvre continue, comme un jeune homme, avec des sentimentstrès-chrétiens, dont j’étois extrêmement touchée; car Dieu m’a donné un fondsde religion qui m’a fait regarder assez solidement cette dernière action de lavie. La sienne a duré quatre-vingts ans ; il a vécu avec honneur, il est mortchrétiennement : Dieu nous fasse la même grâce! Ce fut à la fin d’août que jele pleürai amèrement. Je ne l’eusse jamais quitté s’il eût vécu autant que moi.Mais, voyant au quinzième ou seizième de septembre que je n’étois que troplibre, je me résolus d’aller à Vichy, pour guérir tout au moins mon imagina-tioh sur des manières de convulsions à la main gauche, et des visions devapeurs qui me faisoient craindre l’apoplexie. Ce voyage proposé donna envieà madame la duchesse de Chaulnes de le faire aussi. Je me joignis à elle ; et,comme j’avois quelque envie de revenir à Bourbon, je ne la quittai point. Ellene vouloit que Bourbon ; j’y fis venir des eaux de Vichy, qui, réchauffées dansles puits de Bourbon, sont admirables. J’en ai pris, et puis de celles deBourbon : ce mélange est fort bon. Ces deux rivales se sont raccom-modées ensemble; ce n’est plus qu’un cœur et qu’une âme : Vichy se repose