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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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dans le sein de Bourbon, et se chauffe au coin de son fen, cest-à-dire dans lesbouillonnements de ses fontaines. Je men suis fort bien trouvée, et, quand j'aiproposé la douche, on ma trouvée en si bonne santé, quon me la refusée, etlon sest moqué de mes craintes ; on les a traitées devisions, et lon ma ren-voyée comme une personne en parfaite santé. On men a tellement assurée,que je lai cru, et je me regarde aujourdhui sur ce pied-. Ma fille en estravie, qui maime comme vous savez.

Voilà, mon cher cousin, jen suis. Votre santé dépendant de la mienne, envoilà une grande provision pour vous. Songez à votre rhume, et comme celafaites-moi bien porter. Il faut que nous allions ensemble, et que nous ne nousquittions point. Il y a trois semaines que je suis revenue de Bourbon; notrejolie petite abbaye nétoit point encore donnée; nous y avons été douze jours;enfin, on vient de la donner à lancien évêque de Nîmes, très-saint prélat.Jen sortis il y a trois jours, tout affligée de dire adieu pour jamais à cetteaimable solitude, que jai tant aimée; après avoir pleuré labbé, jai pleurélabbaye. Je sais que vous mavez écrit pendant mon voyage de Bourbon; jene me suis point amusée aujourdhui à vous répondre : je me suis laisséealler à la tentation de parler de moi à bride abattue, sans retenue et sansmesure. Je vous en demande pardon, et je vous assure quune autre fois jene me donnerai pas une pareille liberté, carje sais, et cest Salomon qui le dit,que celui- est haïssable qui parle toujours de lui. Notre ami Corbinelli dit que,pour juger combien nous importunons en parlant de nous, il faut songer com-bien les autres nous importunent quand ils parlent deux. Cette règle est assezgénérale; mais je crois men pouvoir excepter aujourdhui, carje serois fortaise que votre plume fût aussi inconsidérée que la mienne, et je sens que je se-rois ravie que vous me parlassiez longtemps de vous. Voilà ce qui ma engagéedans ce terrible récit : et, dans cette confiance, je ne vous ferai point dexcuses,et je vous embrasse, mon cher cousin, et la belle Coligny. Je rends mille grâcesà madame de Bussy de son compliment : on me tueroit plutôt que de me faireécrire davantage.

AU MÊME

A Paris, ce 13 août 1688.

Jai toujours eu confiance en votre heureux tempérament, mon cher cousin;et, quoique je connusse des gens qui se seroient fort bien pendus dans létatvous êtes parti dici, le passé me répondoitun peu de lavenir. Il me sembloit