LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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un de ces hommes veut tuer Corbinelli : «Hélas! messieurs,leur dit-il, vousn’en seriez pas mieux ; le cocher n’est point à moi ; nous sommes au désespoircontre lui. » Cet homme devient son protecteur, le tire de la populace; maisH ne tire pas sa pauvre nièce d’une frayeur si excessive, quelle revient chezelle le cœur serré au point que la fièvre lui prend le soir, et quatre jours aprèselle meurt. Elle a été généralement regrettée de ceux qui la connoissoient. Laphilosophie de notre ami ne l’a pas empêché d’en pleurer; mais j’espère qu’en-lin elle le consolera. C’est à elle que je le recommande; car je n’ai pas la va-nité de croire que je puisse en cette rencontre quelque chose sur son esprit.
Cependant, mon cher cousin, je lui laisse la plume, après vous avoir em-brassé de tout mon cœur, et mon aimable nièce, à qui je prétends écrire commeà vous dans cette longue et ennuyeuse lettre. Je dis ennuyeuse, parce quecomme elle ne m’a point divertie en l’écrivant, je crois qu’elle ne vous divertirapoint en la lisant. Je voudroisbien embrasser le joli petit marquis de Coligny.Ma fille vous fait à tous deux mille sincères amitiés : elle est toujours flattée etreconnoissante de l’estime et de l’amitié que vous avez pour elle. Il faut que jerevienne encore à vous, pour vous dire la joie que j’ai de l’estime que je vousvois pour le second tome d ’Abbaille. Vous savez de quelle manière je vous enai parlé : c’est le plus divin de tous les livres. Cette estime est générale, et lepremier qui m’en a parlé avec transport, c’est notre cher ami. Ce livre estdigne de vous et de ma chère nièce. Je ne crois pas qu’on ait jamais parlé de lareligion comme cet homme-là.
AU MÊME
A Taris, ce 22 septembre 1688.
Il est vrai que j’aime la réputation de notre cousin d’Allemagne. Le marquisde Villars nous en a dit des merveilles à son retour de Vienne, et de sa valeur,et de son mérite de tous les jours, et de sa femme, et du bon air de sa maison.Je sentis la force du sang, et je la sens encore dans tout ce que dit la gazettede sa blessure. Vous êtes cause, mon cher cousin, que j’écris à cette duchesse-comtesse, en lui envoyant votre paquet. J’admire toujours les jeux elles arran-gements de la Providence. Elle veut que ce Rabutin d’Allemagne, notre cadetde toutes façons, par des chemins bizarres et obliques, s’élève et soit heureux;etqu’un comte de Bussy, l’ainé de sa maison, avecbeaucoup de valeur, d’espritet de services, même avec la plus brillante charge de la guerre, soit le plus
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