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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

jiiallieureiix homme de la cour de France. Oh bien, Providence, faites commevous lentendrez : vous êtes la maîtresse; vous disposez de tout comme il vousplaît, et vous êtes tellement au-dessus de nous, qu'il faut encore vous adorer,quoi que vous puissiez faire, et baiser la main qui nous frappe et qui nouspunit; car devant elle nous méritons toujours dêtre punis.

Je suis bien triste, mon cher cousin : notre chère comtesse de Provence, quevous aimez tant, sen va dans huit jours; cette séparation marrache làine, etfait que je men vais en Bretagne. Jv ai beaucoup daffaires, mais je sens quily a un petit brin de dépit amoureux. Je ne veux plus de Paris sans elle. Je suisen colère contre le monde entier; je in en vais me jeter dans un désert. Ehbien, monsieur et madame, en savez-vous plus que nous sur lamitié? Noqsdonnerions des leçons aux autres; mais en vérité il est bien douloureuxdexceller en ce genre : ceux qui sont si sensibles sont bien malheureux. Par-lons dautre chose. Vous savez la mort de votre ancien ami Yivonne. Il est morten un moment, dans un profond sommeil, la tête embarrassée. On a donnésa charge de général des galères à M. du Maine, quatre cent mille francs àmadame de Vivonne, et après elle aux enfants du jeune Mortemart.

Le roi va le 28 de ce mois à Fontainebleau. Il y a quelque autre dessein,mais il est encore caché. Il y a un air de ralentissement dans tout le mou-vement de guerre qui a paru dabord.

La flotte seule du prince dOrange, toute prête à mettre à la voile, est dignedattention. On croit quelle menace lAngleterre. Cependant on garde noscôtes : on a fait partir les gouverneurs de Bretagne et de Normandie. Toutceci est fort embrouillé; il y a bien des nuages amassés ; ce dénoûment méritequon ne le perde pas de vue. Adieu, mon cher cousin; je vous écrirai en-core avant que de partir, et je vous embrasse tous deux.

A MADAME DE GRIGNAN 1

A Paris, mercredi 13 octobre 1688.

Nous attendons de vos nouvelles, ma chère fille; nous vous suivons pas àpas. Vous devez nous avoir écrit de Chàlons, et vous serez demain à Lyon sivous ne le savez, je vous l'apprends. Je me repose en vous écrivant; mes lettres

1 Madame de Grignon, après un assez long séjour à Paris, était en route pour retourner enProvence.