LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE
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de Bretagne sont si fatigantes, que je n’v veux plus penser; je me tourne ducôté de ma chère fille, et j’y trouve ma joie et ma tranquillité. Nous avons toutsujet de croire que Philisbourg ne nous tiendra pas encore longtemps dansl’inquiétude où nous sommes. Vous verrez, par les lettres que le chevalier vousenvoie, comme notre marquis est arrivé en bonne santé, point fatigué ; vousverrez les soins qu’on aura de lui, et vous apprendrez que Monseigneur a faitle tour de la place. On n’a point tiré ' les tranchées sont si bien faites et sisûres, qu’il y a toute sorte d’apparence que tout ira selon nos désirs. Mon Dieu,que vous dites vrai! voici un étrange mois d’octobre; je n’en ai jamais passéun tel. Notre marquis n’avoit de chagrins dans les autres que d’avoir manquéun levraut, ou un perdreau, toujours par quelque accident; mais nous nevivons pas dans celui-ci : j’ai mes peines, j’ai les vôtres encore bien vivement,Je connois votre esprit et votre imagination impitoyable; ma fille, il n’estpas possible de résister à une si longue souffrance.
On espère que le prince d’Orange a pris de fausses mesures, et que le roi *d’Angleterre le recevra et le battra fort bien. Il a parlé à ses milords, donnéliberté aux moins affectionnés, et renouvelé l’attachement des plus fidèles ; adéclaré une parfaite liberté de conscience, et’ fait commander sa cavalerie àM. le comte de Iloye. Comme c’est un bon calviniste, cela contente ses sujets;enfin, ma très-chère, que vous dirai-je? Vous ne m’écoutez pas, j’en $nisassurée ; vous ne pensez qu’à votre enfant, vous avez raison, et nous espéronsde vous donner dans peu de jours une parfaite joie, en vous apprenant la prisede Philisbourg et la parfaite santé du marquis. Cependant, ma très-chère,conservez la vôtre, si c’est chose possible ; ne vous amaigrissez point, nevous creusez point les yeux et l’esprit. Ayez du courage, je vous en conjuremille fois.
A LA MEME
À Paris, venctmli 15 octobre 1688.
Il V a huit jours, ma chère enfant, que nous n’avons reçu de vos nouvelles :vous ne sauriez croire combien ce temps est long à passer. Je viens de chezmadame de la Fayette, qui a reçu une lettre de son fils du 11 de ce mois. IJmande que notre enfant se porte bien. M. le chevalier vous dit tout ce qu’il sait;il est au désespoir de ne pouvoir encore aller à Fontainebleau : vous en auriez[dus tôt les nouvelles! mais il faut souffrir ce qu’il plaît à Dieu. Madame de