LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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A LA MÊME
A Paris, vendredi 2!) octobre 1688.
Nous attendons ce soir de vos nouvelles, et nous trouvons que nous sommes,vous et nous, tous les jours de la semaine occupés à nous écrire ; nous nous re-posons seulement le jour du Seigneur : toutes nos conversations sont de vous,et vous nepouvez jamais être mieux louée que par ceux qui vous ont vue d’aussiprès que nous, dans toutes les choses importantes que vous avez faites pourvotre famille. Mais votre modestie arrête ma plume; pournous dédommager, ilfaut dire, comme Voiture à M. le Prince : Si vous saviez avec combien peu derespect et de crainte de vous déplaire nous vous admirons ici à bride abattue ,vous veniez cpie nous ne vous aimons pas en aveugles ; en sorte que vous neperdez rien avec nous de toutes les bonnes qualités que Dieu vous a don-nées. Nous vous prions de les inspirer à votre fille : vous ne sauriez rienfaire de plus utile pour elle.
Il nous semble que si M. deGrignan doit faire quelque séjour à Avignon,vous ne feriez pas mal d’y aller avec lui, pour éviter les visites de votre arrivée,et pour ne point faire une double dépense. Mais vous savez comme les conseilsde loin sont téméraires; ainsi, matrès-chère, tout cequevous ferez sera assuré-ment le mieux. M. le chevalier a un peu mal à la main droite ; il ne vous écrirapas longtemps : je m’offre d'être son secrétaire.
Voilà des lettres de notre petit homme, du 22 octobre ; vous devez beaucoupespérer du soin qu’on a de vous le conserver. Vous voyez comme la fanfaron-nade de ces deux volontaires a été punie : il vaut mieux être sage. Ecrivez àM. Courtin : son fils est mort, et par les nôtres, qui lui ont donné les coupsmortels, le croyant, la nuit, un des ennemis. Adieu, ma très-chère et trop ai-mable; j’étois hier chez madame de la Fayette; madame la Princesse y vint :on avoit conté auparavant qu’un courtisan avoit dit au roi : « Sire, vous prenezdes loups comme Monseigneur, et il prend des villes comme Votre Majesté. »Quand nous n’aurons plus Philishourg sur les épaul.es, nous vous dirons des ba-gatelles; mais jamais je ne pourrai vous dire à quel point vous m’êtes chère.J’embrasse tous mes chers Grignans. Je trouve Pauline bien avancée d’avoir lules Métamorphoses; on ne revient point de là à la Guide des Pécheurs : donnez,donnez- lui hardiment les Essais de morale. On voit à ses réponses qu’elle abeaucoup d’esprit et de vivacité. Joignez cela avec beaucoup d’envie de vousplaire, et vous ferez une merveille de cette petite cire molle, que vous tournerez
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