;,5i- LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
comme vous voudrez. Parlez-lui de ce qui lui convient, comme je vous aiouïe souvent parler à votre fils ; de la manière dont vous me la représentez,elle en profitera à vue d’œil, et cela vous fera un grand amusement et uneoccupation digne de vous, et selon Dieu et selon le monde.
A LA MÊME
A Paris, jour de la Toussaint 1688, à nouf heures du soir.
Philisbourg est pris, maclière enfant, votre fils se porte bien. Je n’ai qu’àtourner cette plirase de tous côtés, car je ne veux point changer de discours.Vous apprendrez donc par ce billet qu e votre enfant se porte bien, et que Phi-lisbourg est pris. Un courrier vient d’arriver chez M. de Villacerf, qui dit quecelui de Monseigneur est arrivé à Fontainebleau pendant que le P. Gaillard prê-choit ; on l’a interrompu, et on a remercié Dieu dans le moment d’un si heureuxsuccès et d’une si belle conquête. On ne sait point de détails, sinon qu’il n’y apoint eu d’assaut, et que M. du Plessis disoit vrai quand il assurait que le gou-verneur faisoit faire des chariots pour porter son équipage. Respirez donc, machère enfant, remerciez Dieu premièrement : il n’est point question d’unautre siège, jouissez du plaisir que votre fils ait vu celui de Philisbourg; c’estune date admirable, c’est la première campagne de M. le Dauphin. Ne seriez-vous pas au désespoir qu’il fût seul de son âge qui n’eût point été à cette occa-sion, etquetous les autres fissent les entendus? Ah! monDieu! ne parlons pointdecela, tout est à souhait. C’est vous, mon cher comte, qu’il en faut remercier :je me réjouis de la joie que vous devez avoir ; j’en fais mon compliment à notrecoadjuteur; voilà une grande peine dont vous êtes tous soulagés. Dormez donc,ma très-belle; mais dormez sur notre parole. Si vous êtes avide de désespoirs,comme nous le disions autrefois, cherchez-en d’autres, car Dieu vous a con-servé votre cher enfant. Nous en sommes transportés, et je vous embrassedans cette joie avec une tendresse dont je crois que vous ne doutez pas.
AU COMTE DE BUSSY
A l’avis, ce 3 novemlire 1688.
J’ai été si occupée, mon cher cousin, à prendre Philisbourg, qu’en vérité jen’ai pas eu un moment pour vous écrire. Je m’étoisfaitune suspension de toutes