LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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qui s’en alloit tous les jours faire si bonne chère. Il a retranché quarante-deuxde ses domestiques. Voilà une grande nouvelle et un bel exemple.
Vous avez vu que je n’ai pas été longtemps à Brevannes; je vous ai dit latriste scène qui m’en a fait revenir. Le temps est affreux et pluvieux; jamais iln’y eut une si vilaine automne. Vraiment nous ne craignons point les cousins,nous craignons de nous noyer. Votre soleil est bien différent de celui-ci. J’aimePauline, je la trouve jolie, je crois qu’elle vous plaît fort; il me paraît qu’ellevous adore. Ah ! quelle aimable maman elle est obligée d’aimer ! je dis d’ellecomme vous disiez de la princesse de Conti : c’est une jolie chose que d’étreobligée à ce devoir. Faites-lui apprendre l’italien; vous avez à AixM. le prieur,qui sera ravi d’être son maître. Je vois que la harangue de M. le comte a étéfort bien tournée. Sous soupâmes samedi, M. le chevalier et moi, chez M. deLamoignon, qui nous dit celle qu’il fait aujourd’hui aux avocats et aux pro-cureurs ; elle est fort belle. Faites bien mes amitiés à vos Grignans, et un com-pliment, si vous voulez, à M. d’Aix. Que vous êtes heureuse de n’être point surtout cela comme autrefois ! vous avez vu en ce pays le prix qu’il y faut donner.Si vous n’êtes pas mal avec M. d’Aix, sa conversation est vive et agréable;et, comme il est content, j’espère que vous serez en paix.
Voici une petite nouvelle qui ne vaut point la peine d’en parler, c’est queFrankendal s’est rendu le 18 de ce mois : il n’a fallu que lui montrer ducanon ; il n’y a eu personne de tué ni de blessé. Monseigneur est parti, et seraà Versailles d’aujourd’hui en huit jours, 29 du mois, et votre enfant aussi. Vousavez de ses lettres: oh ! soyez donc tout à fait contente pour cette fois, et remer-ciez Dieu de tant d’agréments dans ce commencement. Adieu, ma très-chère ettrès-aimable : je veux vous dire que je fis deviner l’autre jour à la mèreprieure 1 (des Carmélites) votre occupation présente après celle du procès ;vous croyez bien qu’elle se rendit: «C’est, lui dis-je, ma mère, puisqu’il ne fautrien vous cacher, qu’elle fait une compagnie de chevau-légers. » Je ne sais quelton elle trouva à cette confiance, mais elle fit un éclat de rire si naturel et sispirituel, que toute notre tristesse en fut embarrassée. Je n’oubliai point deconter votre parfaite estime pour tout le saint couvent. Cette mère sait bienmener la parole.
1 N... Gigault de Bellefonds, tante du maréchal de Bellefonds, supérieure des Carmélites.
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