LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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représenté notre société, qui ne subsiste qu’en vous et pour vous ; car vous êtesnotre véritable lien ; et ce joli portrait... Mais il ne dit jamais un mot: celanous ennuie ; vous êtes bien plus belle que lui, sans vous flatter. J’ai fait voirce matin à la duchesse du Lude votre page d’écriture ; elle en est bien contente :il lui falloit cela pour les amitiés qu’elle me fait tous les jours pour vous. Elle m’amenée après la messe chez l’abbé Têtu avec Alliot. Cet abbé ne dort point dutout ; il est en vérité fort mal ; cela passe les vapeurs ordinaires, et on ne peutle voir sans beaucoup de pitié. Madame de Coulanges et toutes ses amies enont des soins infinis.
La cérémonie (des chevaliers) se fera sans cérémonie 1 à Versailles, dans lachapelle; elle commencera le vendredi à vêpres, et sera continuée le jour del’an le matin, et le reste à vêpres. Le roi a ôté l’obligation de communier dansla cérémonie. SaMajesté n’aura pas son grand manteau ; il n’aura que le collier.Les manteaux se prêtent; de sorte qu’il est vrai que plusieurs en sont dispensai’présentement. Leroi est fort content de la manière dont M. deMonaco 2 a reçul’ordre; il l’a dit tout haut, et cela embarrasse ceux qui l’ont refusé. Il y a biende l’apparence que le même courrier qui portera le cordon à Monaco le porteraà M. de Grignan. II me semble qu’il est comme ces chiens à qui l’on dit long-temps Tout &eau/etpuis tout d’un coup Pille! La comparaison est riche : je crainsquelle ne me fasse une querelle avec cet esprit pointilleux ; il dira que je letraite comme un chien. Adieu, très-chère et très-aimable ; j’aurois encore centchoses à vous dire, mais c’est vous accabler.
A LA MÊME
A Paris, mercredi 29 décembre 1688.
Voici donc ce mercredi si terrible, où vous me priez de négliger un peu machère fille; mais ignorez-vous que ce qui me console de mes fatigues, c’est delui écrire et de causer un peu avec elle? Je me souviens assez de Provence etd’Aix, et je sais assez le sujet que vous avez de vous plaindre de 1 élection (desconsuls) qui fut faite le jour de Saint-André, pour approuver extrêmement que
1 « On fit alors des chevaliers du Saint-Esprit avec le moins de cérémonie que l'on put, leroi ayant une aversion naturelle pour tout ce qui le contraint. » (Mémoires de la Cour deFrance, Œuvres de la Fayette, tome II, page 398.)
2 II consentit de prendre rang comme duc de Valentinois, et non comme prince do Monaco,