LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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et vous fît ensuite mille amitiés et mille compliments. Je crois que made-moiselle de Coislin 1 sera enfin madame d’Enrichemont.
Madame de Coulanges, que j’ai vue ce matin chez la Bagnols, m’a dit qu’elleavoit reçu votre réponse, et qu’elle me la montreroit ce soir chez l’abbé Têtu.Tous voilà donc quitte de cette réponse ; mais vous me faites grand’pitié de ré-pondre ainsi seule à cent personnes qui vous ont écrit : cette mode est cruelleenFrance. Mais que vous dirai-je d’Angleterre, où les modes et les manières sontencore plus fâcheuses? M. de Lamoignon a mandé à M. le chevalier que le roid’Angleterre étoit arrivé à Boulogne; un autre dit à Brest; un autre dit qu’il estarrêté en Angleterre; un autre, qu’il est péri dans les horribles tempêtes qu’il ya eu sur la mer : voilà de quoi choisir. Il est sept heures ; M. le chevalier ne fer-mera son paquet qu’au bel air de onze heures ; s’il sait quelque chose de plusassuré, il vous le mandera. Ce qui est très-certain., c’est que la reine ne veutpoint sortir de Boulogne qu’elle n’ait des nouvelles de son mari ; elle pleure etprie Dieu sans cesse. Le roi étoit hier fort en peine de Sa Majesté Britan-nique 2 * * . Voilà une grande scène; nous sommes attentifs à la volonté des dieux.
Et nous voulons apprendreGe qu’ils ont ordonné du beau-père et du gendre 5 .
Je reprends ma lettre. Je viens de la chambre de M. le chevalier ; jamais il nes’est vu un jour c.omme celui-ci*: on dit quatre choses différentes du roi d’An-gleterre, et toutes quatre par de bons auteurs. Il està Calais ; il est à Boulogne ;il est arrêté en Angleterre; il est péri dans son vaisseau; un cinquième dit àBrest; et tout celateliement brouillé, qu’on ne sait que dire. M. Courtin d’unefaçon, M. de Reims d’une autre, M. de Lamoignon d’une autre. Les laquaisvont et viennent à tout moment. Je dis donc adieu à ma chère fille, sanspouvoir lui rien dire de positif, sinon que je l’aime, comme le mérite soncœur, et comme le veut mon inclination, qui me fait courir dans ce cheminà bride abattue.
1 Madeleine-Armande de Cambout de Coislin, mariée le '10 avril suivant à Maximilien deBéthune, duc de Sully, prince d’Enrichemont.
2 « Le roi étoit à la messe (le 5 janvier), n’attendant plus que des nouvelles de la mort du
roi d’Angleterre, Jacques II, quand M. de Louvois y entra pour dire à Sa Majesté que M. d’Aumont venoit de lui envoyer un courrier qui lui annonçoit l’arrivée du roi d’Angleterre à Am-
bleuteuse. » (Mémoires de madame de la Fayette.)
5 Parodie des doux premiers vers de la Mort de Pompée.