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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
A LA MEME
A Paris, lundi 3 janvier 1689.
Votre cher enfant est arrivé ce matin ; nous avons été ravis de le voir, etM. du Plessis. Nous étions à table; ils ont dîné miraculeusement sur notredîner, qui étoit déjà un peu endommagé. Mais que n’avez-vous pu entendretout ce que le marquis nous a dit de la beauté de sa compagnie! Il s’informad’abord si la compagnie étoit arrivée, et ensuite si elle étoit belle. Vraiment,monsieur, lui dit-on, elle est toute des plus belles ; c’est une vieille compagnie,qui vaut bien mieux que les nouvelles. Vous pouvez penser ce que c’est qu’unetelle louange à quelqu’un qu’on ne savoit pas qui en fût le capitaine. Notre en-fant en fut transporté, le lendemain, de voir cette belle compagnie à cheval,ces hommes faits exprès, choisis par vous, qui êtes la bonne connoisseuse,ces chevaux jetés dans le même moule. Ce fut pour lui une véritable joie, àlaquelle M. de Châlons 1 et madame de Noailles (sa mère) prirent part; il aété reçu de ces saintes personnes comme le fils de M. de Grignan. Mais quellefolie de vous parler de tout cela ! c’est l’affaire du marquis.
Je vouloisvous demander des nouvelles de madame d’Oppède, et justementvous m’en dites. Il me paroît que c’est une bonne compagnie que vous avez deplus, et peut-être Punique. Pour M. d’Àix (M. de Cosnac), je vous avoue queje ne croirois pas les Provençaux sur son sujet. Je me souviens fort bien qu’ilsne se font valoir et ne subsistent que sur les dits et redits, et les avis qu’ilsdonnent toujours pour animer et trouver de l’emploi. Il n’en faut pas tout àfait croire aussi M. d’Aix : cependant le moyen de penser qu’un homme toutesa vie courtisan , et qui renie chrême et baptême, qui ne se soucie point desintrigues des consuls, voulût se déshonorer devant Dieu et devant les hom-mes par de faux serments? Mais c’est à vous d’en juger sur les lieux.
La cérémonie de vos frères fut donc faite le jour de l’an à Versailles. Cou-langes en est revenu, qui vous rend mille grâces de votre jolie réponse. J’aiadmiré toutes les pensées qui vous viennent, et comme cela est tourné et justesur ce qu’on vous a écrit. Voilà ce que je ne fais point au tiers et au quart, carje ne relis point leurs lettres, et cela est mal. Il m’a donc conté que l’on com-mença dès le vendredi, comme je vous l’ai dit. Ces premiers étoient profès avec
1 Louis-Antoine de Noailles, évêque de Châlons-sur-Marne, puis archevêque de Paris-et car-dinal.